Dans la vie de sumo, tout est régi par la toute-puissante Association Nationale du sumo, la Nihon Sumo Kyokai. C’est elle qui se charge d’absolument tout, comme les salaires, les homologations de heya, les attributions de grades et de prix, l’évolution des règles, les sanctions,…

logo2
Nihon Sumo Kyokai

Le lutteur de sumo vit dans une heya, que l’on traduit par écurie (sans aucun sens péjoratif) ou confrérie. Il y dort, s’y entraîne, et y mange tous les jours en dehors des déplacements pour les tournois. Avant d’intégrer la heya, le lutteur doit déjà satisfaire aux exigences de base : être un homme de moins de 23 ans, d’au moins 1m73 et 75kg, et avoir terminé le cursus scolaire obligatoire. Suite à cela, il suivra 6 mois de formation au centre d’entraînement (au Ryogoku Kokugikan à Tokyo) avant d’intégrer sa heya (il y en a environ 45 actuellement).

Le personnage principal de la heya est son oyakata, qui est à la fois entraîneur et gérant de la heya, et également juge pendant les combats. Le nombre d’oyakata est limité à 105 : c’est le nombre autorisé de toshiyori kabu (titre d’ancien) dans le monde du sumo, qui se transmet uniquement aux anciens lutteurs par leurs prédécesseurs. Le kabu est un nom d’ancien rikishi (lutteur de sumo) qui se transmet, et rares sont les nouveaux noms : il faut être un sumo incroyable pour pouvoir utiliser son propre nom de lutteur (shikona) comme kabu !

Seuls les lutteurs professionnels peuvent devenir oyakata, et il y a des résultats minimum à obtenir pour pouvoir prétendre à cette fonction. Toutefois, c’est insuffisant. Et même si un kabu peut être légué par un autre oyakata, il faut souvent aussi acheter le titre, et les noms les plus prestigieux peuvent atteindre un montant de plusieurs millions d’euros ! Pour cela, les rikishi doivent atteindre les plus hauts rangs pour avoir un salaire confortable, et gagner des tournois (prix de 100 000 euros environ) ou des prix spéciaux de courage (kantô-shô), technique (ginô-shô), ou mérite (shukun-shô) (prix de 20 000 euros environ).

23 - Résultats
Tableau des résultats de la journée

Une journée type de sumo à la heya est un mélange de keiko (entraînement) intensif le matin de 5h à 11h, de repas (un le midi et un le soir), et de repos (sieste entre les deux repas et sommeil la nuit).

Le keiko est généralement divisé en deux moitiés. Les lutteurs titulaires (deux premières divisions) ne participent qu’à la deuxième moitié tandis que les autres font tout l’entraînement. Cette première partie est faite pour s’échauffer et pour développer les aptitudes de souplesse, de force, et d’endurance, et la plupart des lutteurs titulaires ont les moyens de faire cela en salle de sport ou piscine plutôt qu’à la heya.

A l’entraînement de la heya, on marche autour du dohyô (cercle pour le combat) en se tenant les uns aux autres pour forcer à maintenir le rythme rapide de la marche, puis on fait des exercices pour renforcer les abdominaux et les lombaires. Ensuite, on travaille la souplesse avec les traditionnels shiko (lever une jambe sur le côté le plus haut possible, et la faire retomber fort – c’est également un rituel d’origine shintoiste pour faire partir les esprits) et suri-ashi (littéralement « pied qui glisse » – marcher accroupi avec les hanches le plus bas possible et le corps penché en avant). Et enfin on développe la force avec de très nombreuses pompes, l’utilisation d’haltères, et le classique teppô (pilier en bois que l’on frappe avec les mains en alternance pour renforcer les articulations et préparer le corps au combat). Certains sumo étaient physiquement très fort, et faisaient des squats et soulevés de terre de plus de 300kg, et Kaiô était réputé pour pouvoir écraser une pomme dans sa main juste en la serrant !

IMG_8931

La seconde partie est dédiée à l’entraînement au combat, avec comme exercice principal le butsukari-keiko ou entraînement de la collision et du poussé. Un lutteur présente son corps à un autre qui doit le pousser jusqu’à l’autre côté du dohyô, puis recommence jusqu’à épuisement total. Les plus jeunes sont très souvent poussés plus loin que leur limite et parfois même brimés et humiliés lorsqu’ils n’en peuvent plus.

kasugayama 106Tout ce keiko est fait avant le premier repas qui a lieu à midi! Il faut donc reprendre des forces après l’entraînement et surtout du poids, chose essentielle pour le lutteur car il n’y a pas de catégorie de poids dans le sumo. Le repas typique du sumo est le chanko-nabe. Le Nabe est la marmite dans laquelle on fait cuire comme un pot-au-feu ce bouillon rempli de poulet, bœuf, porc, choux, tofu frit ou non, champignons,… le tout accompagé d’une énorme quantité de riz. Les lutteurs titulaires mangent en premier, et les autres mangent ensuite ce qui reste.

2 - Dohyô du KokugikanLors des tournois (six tournois de 15 jours par année – voir article « Description du sumo »), les lutteurs s’affrontent sur le dohyô, un ring fait de balles de pailles et d’argile. La surface du dohyô est carrée mais l’aire de combat est un cercle de 4m55 de diamètre, avec quatre petits décrochements indiquant les points cardinaux. Le cercle est dessiné en léger relief avec de la paille tressée compacte sur laquelle les lutteurs peuvent s’appuyer.

6 - Makuuchi dohyô iriAvant de combattre, les rikishi montent ensemble sur le dohyô pour la présentation avec leur tablier de parade (kenshô-mawashi). Ils rentrent en file indienne du moins bien classé au mieux classé, excepté les tous meilleurs (yokozuna) qui ont leur propre cérémonie de présentation personnelle. L’annonceur présente tous les lutteurs au fur et à mesure qu’ils rentrent, et après un court rituel, ceux-ci redescendent du dohyô pour laisser place aux yokozuna.

Les yokozuna ont en plus de leur tablier deux symboles issus du shintoïsme, la corde tressée (shimenawa) et le papier en forme de zig-zag (gohei), ainsi que deux assistants dont un tient un sabre de cérémonie. Les shiko du yokozuna sont très impressionnants et les spectacteurs crient tous ensemble au moment ou le pied retombe sur le sol. Ces cérémonies sont appelées dohyô-iri, littéralement « entrée sur le dohyô ».

Lors de la journée de combats, différents protagonistes entrent en scène : l’arbitre, les juges, les annonceurs, et les lutteurs.

13 - Le Yobidashi (présentateur officiel)Le yobidashi est l’annonceur. Il clame le nom des lutteurs à leur entrée sur le dohyô en suivant une intonation précise. Mais il a de nombreuses autres fonctions ! Ce sont les yobidashi qui construisent le dohyô avant chaque tournoi et qui l’entretiennent, le nettoient entre les différents combats et aux changements de division. Ce sont eux également qui portent les bannières publicitaires des sponsors, qui apportent les récompenses des sponsors à l’arbitre et en annoncent la nature. Les yobidashi appartiennent aux heya, et sont classés.

18 - Gyôji (arbitre) remettant la récompense à KotomitsukiLe gyôji est l’arbitre. Comme le yobidashi, il est classé en fonction des combats qu’il va arbitrer. Il porte un habit traditionnel avec des couleurs vives et une coiffe identique aux prêtres shintoïstes. Les connaisseurs peuvent deviner leur rang en fonction des couleurs et des motifs du kimono et de l’éventail plat laqué que les gyôji utilisent pendant la préparation des combats, pour désigner le gagnant, et pour offrir les récompenses. L’arbitre crie souvent pendant le combat pour encourager les lutteurs à combattre (sans favoritisme).

45 - un shinpanLes shinpan composent un jury officiel. Ils sont cinq dont l’un d’eux préside le jury, et sont oyakata, donc anciens grands champions. Ils sont assis juste en bas du dohyô et interviennent en cas de doute sur la décision de l’arbitre. Il arrive que certaines situations soient compliquées à juger, mais comme l’arbitre doit obligatoirement annoncer un vainqueur rapidement, des erreurs sont possibles. Dans ce cas, les shinpan font un mono-ii (contestation du jugement de l’arbitre), et se réunissent avec lui pour en discuter et prendre la bonne décision. S’il est impossible de départager les lutteurs, on annonce un nouveau combat, sinon la décision est soit confirmée soit retournée.

Avant et après chaque combat, les lutteurs effectuent des gestes précis, qui sont à la fois un rituel et une préparation au combat. Il faut savoir que les lutteurs se préparent et s’accordent mentalement l’un l’autre pour débuter le combat. Du coup, la durée de cette préparation appelée shikiri-naoshi est variable.

Voici une liste des différents gestes constituant le rituel :

shiko : lever de jambe qui retombe fortement (à la fois entraînement de souplesse et d’équilibre et rituel shintoïste pour écarter les mauvais esprits)

chikara-mizu : littéralement « eau de force », dont les lutteurs prennent une gorgée pour se purifier la bouche (et souvent la recrache en se cachant la bouche) avant le combat

kiyome no shio : sel purificateur jeté à chaque entrée dans le cercle du dohyô (rituel de purification et de prévention des blessures)

sonkyo : position accroupie sur la pointe des pieds des lutteurs face à face

chiri : même position mais avec un mouvement de main vers le haut et le bas, bras écartés

nirami-ai : position d’avant affrontement où les lutteurs se regardent

tachi-ai : moment du choc initial ou les deux lutteurs se percutent, un moment essentiel du combat

kachi-nanori : proclamation du vainqueur par le gyôji et remise des récompenses s’il y en a

soroi-bumi : shiko chorégraphiés à trois qui ont lieu uniquement le dernier jour du tournoi avant les trois derniers combats

yumitori-shiki : cérémonie de l’arc ayant lieu à la fin du dernier combat chaque jour de tournoi

yûshô : titre de vainqueur de tournoi, attribué avec une forte prime et une coupe gigantesque à la fin du tournoi. Si des lutteurs sont à égalité, un combat les départagera.

Publicités