Dimanche 14 mars

Quelques jours se sont écoulés depuis notre dernier rendez-vous informatique, et la découverte de mon nouvel univers progresse régulièrement. Grâce au beau temps et à la gentillesse de ma famille d’accueil, je peux pleinement profiter des beautés du Japon, de ses traditions, et de ses particularités.

Ma première promenade seul et à vélo avait un but précis : admirer cette icône conique qu’est le Mont Fuji. Je me suis donc rendu au bord de la rivière Fuji (Fuji kawa) pour prendre des photographies à mon aise, sans qu’il y ait à chaque fois un immeuble, une ligne électrique, ou autre … pour se glisser entre lui et moi. Et nous nous sommes retrouvés en tête-à-tête…

Du haut de son grand âge, le Mont Fuji me regarde avec bienveillance et indulgence. Inconnu curieux et non-initié, je me permets de le dévisager longuement avec une indiscrétion impolie, prenant le temps d’explorer chaque ride de son visage, de contempler ses longs cheveux blancs tombant sur ses larges épaules… Ni les bruits de la ville, ni les attaques répétées des nuages ne semblent perturber cet exemple de sérénité. Il est là, présent ici et maintenant, depuis des millénaires, veillant sur nos humbles personnes qui fourmillent à ses pieds et enferment son image dans de minuscules appareils.

Nous ne voyons plus le monde qui nous entoure, nous l’ « immortalisons » pour quelques heures seulement dans nos machines, jusqu’à l’effacement systématique des clichés ou à la classification dans des dossiers fictifs et saturés. Des engins mémorisant de plus en plus d’éléments et des têtes de plus en plus vides … c’est là la triste réalité du futur que nous nous créons.
Plutôt que de contempler les beautés simples lorsqu’elles sont en notre présence, nous passons à côté avec un vague regard, puis nous nous empressons de les graver au plus vite dans un coin de notre cerveau externe pour épater la galerie en battant le record du nombre d’images souvenirs mièvres et insipides montrées en une seule soirée. Triste nature humaine comparée à la si merveilleuse nature qui nous entoure…

J’ai donc passé un moment irremplaçable face à ce monument naturel, tentant de définir ce qui fait depuis des siècles que le Mont Fuji est « LE » Mont Fuji, et non pas une montagne ordinaire parmi tant d’autres. Sa situation de point culminant du Japon ? Sa forme conique qui le rend quasi-symétrique, et donc si original ? La probable présence de nombreuses divinités ? Ce relief a inspiré tant de poètes, peintres, écrivains, cinéastes,… Pourquoi une telle fascination ?

Mont Fuji 1

Le Mont Fuji a un oeil, une bouche, et … ça doit être l’heure de la pause syndicale, car il fume comme un pompier ^^Le Mont Fuji a un oeil, une bouche, et ... ça doit être l'heure de la pause syndicale, car il fume comme un pompier ^^

Le lendemain, nous sommes allés de l’autre côté de la Fuji kawa (la rivière Fuji, vous suivez ?), où passe la très célèbre route nommée Tôkaidô. Cette route reliait Edo (ancien nom de Tôkyô) à Kyôto par le sud de l’île principale, et était un des axes principaux de l’ancien Japon. Il est d’ailleurs toujours possible de suivre cette route, et de nombreuses auberges traditionnelles vous proposent un repos bien mérité si vous le souhaitez.

En ce qui concerne la rue que j’ai vue, elle me donnait l’impression de remonter 200 ans en arrière et de jouer dans un film d’époque de Kurosawa ou d’Okamoto ! Les façades des maisons, magasins, et auberges sont magnifiques, et le bois prédomine dans cet environnement ancien (ce qui n’est pas pour me déplaire !). J’en ai d’ailleurs profité pour faire quelques achats de papier et d’enveloppes, car il y a apparemment des usines dans la ville.

Nous sommes aussi allés dans un musée extrêmement intéressant, où chaque étape du Tôkaidô est peinte dans un même style. Nous avons d’ailleurs réalisé nos propres œuvres grâce à un système de modèles et d’encrier, deux magnifiques peintures que vous pourrez apercevoir dans les photographies.

Juste à côté du musée, une maison de thé se trouvait dissimulée derrière une végétation typique des jardins japonais. Les carpes argentées nageaient sereinement dans le petit lac, ne se souciant même pas du regard des nombreux touristes. Les torii (vous suivez toujours depuis le dernier article ?) encadrés de lanternes se cachaient discrètement au bout d’un chemin de pierres méticuleusement disséminées aux endroits les plus imprévus. Et le pavillon de thé patientait avec une élégance inégalable, attendant qu’un maître vienne partager un moment de chaleur avec lui. Un espace très réduit, et pourtant une impression d’infini, de grandeur,… l’infime susceptible d’accueillir l’immensité ?

                           La nature au sein de la ville – de multiples jardins miniatures
La nature au sein de la ville - de multiples jardins miniatures

Deux tortues sur une représentation en pierre d’une divinité tortueDeux tortues sur une représentation en pierre d'une divinité tortue

Nos oeuvres d’art faites avec nos petites mains (à droite, Maiko)Nos oeuvres d'art faites avec nos petites mains (à droite, Maiko)

Une petite porte (torii) symbolisant l’entrée dans un lieu sacréUne petite porte (torii) symbolisant l'entrée dans un lieu sacré

Dimanche a été le jour de la découverte du sake. Comme je demandais à ma famille d’accueil s’il y avait une fabrique de sake dans les environs, la grand-mère de la famille s’est rappelée avoir vu un article dans le journal à propos d’une journée « portes ouvertes » à 30min de Fuji dans une fabrique ! Nous y sommes donc allés en famille, pour goûter et visiter un peu les lieux…

En arrivant, quelle ne fut pas notre surprise : des bus entiers déposaient des nuées de gens venus pour cette journée spéciale, et il a fallu se faufiler à travers la foule pour avoir accès à la dégustation. Ça ressemblait un peu à une fête des vendanges dans nos campagnes, sauf que les participants n’étaient pas les riverains mais des personnes venues d’ailleurs. Et pour remplacer nos barbe-à-papa, des commerçants vendaient des poissons en brochette ! Ce n’est pas exactement la même chose…

Nous avons pu goûter deux sake différents, et visiter un peu les installations, où seules quelques photographies nous montraient le personnel en action. J’aurai bien aimé assister aux manœuvres, mais l’occasion se présentera peut-être plus tard dans mon séjour. En tout cas, le sake est une boisson assez spéciale, qui n’est pas forcément de mon goût. Ceux-ci étaient très bons, on sentait vraiment la qualité du travail et les différents arômes, mais ce n’est pas spécialement ce que j’aime le plus. C’était tout de même très intéressant, car il y a autant de différences entre les deux sake que j’ai goûtés qu’entre deux vins d’origines diverses.

Sur ces quelques appréciations succinctes et alcoolisées, je vous laisse en compagnie des photographies tant attendues. Régalez-vous, car mon prochain article n’en aura peut-être pas autant…Je vous parlerai de mes deux premiers cours de cérémonie du thé !

Cuve-bouilloire pour le sakeB - Cuve-bouilloire

Entrepôt des cuves à sake avec une magnifique charpenteJ - Entrepôt des cuves à sake avec une magnifique charpente

 

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