Mardi 30 Mars

…oui, je m’en souviens ! Haha, quelle rigolade. Et c’est là que …

(…)

Hem ! Excusez-moi, je n’avais pas remarqué que vous étiez déjà là … Veuillez me pardonner … Où en étions-nous ? Ah oui, la cérémonie du thé ? Eh bien intéressons-nous maintenant au sumô.

Depuis quelques jours, je me suis mis à regarder le sumô à la télévision en compagnie de la grand-mère de la famille (le tournoi de printemps qui se déroule à Osaka). J’avoue que cela m’intriguait particulièrement, car notre vision du sumô est bien différente de celle qu’en ont les Japonais. Un lutteur de sumô (ou rikishi, c’est-à-dire un spécialiste de la force physique) est extrêmement respecté au Japon, et tout ce qu’il accomplit avant et après le combat sont des rituels shintô. Nous avons plutôt tendance, en Occident, à nous moquer de l’accoutrement, du physique, et des gestes de ces sportifs, ne nous intéressant même pas à l’intérêt et à la signification du sumô.

Ne me dites pas que vous ne reconnaissez pas cet arbre et ses célèbres fleurs…
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Pour ceux qui ont répondu « si », voici un plan rapproché que j’aime beaucoup010

Voila ce qu’aurait été mon article si je n’avais cherché auparavant à comprendre et à apprécier le sumô, et si j’avais volontairement voulu me moquer d’une pratique très éloignée de nos coutumes (tout ce qui suit n’est que pure moquerie, et je n’en pense pas un seul mot ! C’est justement pour mettre en relief tout l’intérêt du sumô, et vous faire rire par la même occasion !) :

« Comment résumer le sumô, ce sport si étrange qui se caractérise par le mauvais goût vestimentaire et capillaire, ainsi que par l’absence de toute forme de beauté, ne serait-ce qu’insignifiante ? Non conscients de cela, les acteurs vont se retrouver sur une scène en terre surélevée, offerts à la vue de tout ce monde qui semble apprécier les accoutrements grotesques des protagonistes. On dirait une « Star Academy » traditionnelle, que tout le monde regarde pour voir qu’il existe plus ridicule que soi ! Mais décrivons un peu tout cela en suivant deux lutteurs ordinaires de sumô :

Deux hommes arrivent dans des couloirs au milieu du public, se dirigeant vers la scène où se déroulent les combats. Ornés d’une coiffure subtilement grotesque et arborée avec fierté, deux énormes pachydermes en string de couleur taille XXXXL arrivent à côté du ring. Ils effectuent alors une petite courbette orientale, entraînant ainsi une chorégraphie adipeuse de leurs bedaines rebondies, puis s’assoient avec la grâce d’un morse au pied de leur futur lieu de combat.

Lorsque leur tour arrive, ils grimpent sur scène exposer leurs masses graisseuses respectives et se livrent à des gestes qui pourraient expliquer les nombreux tremblements de terre de l’archipel nippon. En effet, ils lèvent tour à tour leurs jambes pour la faire retomber de tout leur poids, créant un nouveau ballet de bourrelets sous les applaudissements des spectateurs. Après avoir lancé plusieurs fois du sel en l’air, comme nous jetons du riz pour les mariages, les deux corps obèses vont s’unir (non pour la vie, mais pour quelques secondes seulement) dans une rapide et violente empoignade de sous-vêtement et de lard, cherchant de façon très primaire à pousser l’autre pachyderme en dehors du ring, semant la panique dans le public le plus proche de cet endroit ! Et nos deux amis s’en retournent une fois que l’un des mastodontes ait fait trembler la salle en touchant terre, rebondissant à chaque pas et pensant sûrement déjà à leur prochain repas gargantuesque. »

Affligeant, n’est-ce pas ? Raconté comme cela, on attendrait volontiers le prochain bêtisier de noël, pour avoir des images de ce duel et rire un bon coup avec nos amis… Mais le sumô, ce n’est pas du tout cela !

Au-dessus d’un muret au détour d’une ruelle
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et juste devant la maison!012

Premièrement, je pensais ce sport uniquement réservé aux Japonais, ce qui n’est pas du tout le cas. Lors de ce tournoi (que j’ai suivi avec passion et régularité jusqu’au dernier jour – quinze au total), le lutteur qui a gagné tous ses combats est Mongol et se nomme Hakuhô. C’est le seul yokozuna, le rang le plus élevé parmi les sumô. L’autre lutteur qui a réussi son tournoi est un géant Estonien, Baruto, en forte concurrence avec un autre Mongol Harumafuji et le Bulgare Kotooshu. C’était une première surprise pour moi !

Deuxièmement, les meilleurs lutteurs que je viens de vous présenter ne sont pas les plus gros de tous, ce qui prouve bien que le plus gros ne l’emporte pas spécialement. Certes, l’ancien yokozuna (vous suivez ?) pesait près de 250 kilos, ce qui n’est tout de même pas rien, mais ce n’est pas une course au poids. Celui-ci vous aide considérablement, mais il faut être mobile et souple, et pouvoir effectuer les 82 prises recensées pour prétendre à être parmi les meilleurs. Prenez une personne quelconque de 150 kilos, faites-la s’accroupir avec souplesse ou lever les jambes sur le côté à hauteur de la tête, et je vous assure qu’elle ne tiendra pas debout ! La souplesse de ces sumô m’a impressionné, ainsi que leur agilité dissimulée.

Troisièmement, leur coiffure est très spéciale et obligatoire. Un sumô garde les cheveux longs tout au long de sa carrière, et lorsqu’il arrête de combattre, une cérémonie est effectuée, moment pendant lequel le chignon est coupé pour signifier la fin de la vie de lutteur. Les meilleurs d’entre eux ont l’extrémité de leur chignon en forme de feuille de ginkgo, ressemblant à une petite houppette au sommet du crâne. Le mawashi (ceinture qui couvre la taille et l’entrejambe) est le seul vêtement du sumô. Il est également la seule prise fixe et solide pour attraper leur adversaire. C’est pourquoi ceux-ci se jettent l’un sur l’autre dans le but d’attraper le mawashi pour soulever ou faire basculer son adversaire. Moi qui me suis toujours intéressé aux techniques des sportifs, je suis réellement impressionné par la technique de certains rikishi : un peu d’attention, et vous verrez que ce ne sont pas des brutes épaisses écervelées qui se jettent l’un sur l’autre comme deux animaux affamés…

Enfin, il y a chaque fois trois rituels issus du culte shintô avant le combat. Le premier est la fameuse levée de jambe sur le côté que beaucoup de personnes singent en imitant les sumô ; ils frappent également dans leurs mains. La grand-mère m’a expliquée qu’ils faisaient retomber leur pied fort par terre pour éloigner les esprits. Elle m’a également précisé que le sel jeté avant de rentrer dans le cercle de combat avait la même signification, et qu’il permettait de purifier cet endroit. Puis, les lutteurs sortant proposent de l’eau dans une petite louche (semblable à celle de la cérémonie du thé) aux futurs combattants, une eau que l’on prend dans sa bouche et recrache ensuite, afin de devenir plus fort. C’est le même rituel que l’on respecte en entrant dans un sanctuaire shintô…

Un sanctuaire juste à côté de la maison004

Cette fleur pourrait être le symbole de nombreux thèmes, non?005

Ce qui m’a énormément plu dans le sumô, mis-à-part le sport en lui-même, c’est une sensation de respect de l’autre qui se dégage de l’ensemble de la compétition. On a l’impression d’être un privilégié qui assiste à un évènement important et séculaire, et que chaque personne présente est consciente de cela.

Les rikishi arrivent près du lieu de combat et saluent humblement. Ils vont s’asseoir en attendant leur tour. S’ils s’assoient juste devant, ils saluent le sumô présent à côté avant de s’installer par terre ; s’ils passent devant un sumô, ils font signe avec leur main pour montrer qu’ils s’excusent de passer devant lui.

Une fois sur le lieu du combat, ils respectent les rituels dont je viens de vous parler, se saluent, combattent, et se saluent encore après l’affrontement. Le vainqueur s’accroupit et l’arbitre le désigne par son nom. Ils descendent et vont proposer l’eau au lutteur suivant. Après cela, ils repartent sans la moindre effusion de joie ou geste de victoire. Quel qu’il soit, le sumô doit saluer le précédent et servir le suivant, ce qui rompt à nos yeux toute notion de distinction entre les hommes…tout comme la minuscule entrée des pavillons de thé force tout le monde, empereur ou paysan, à se courber et donc à être égal à l’intérieur.

Je ne vous parle pas des remises de trophées et autres cérémonies, car je ne connais pas vraiment bien ceci, mais permettez-moi juste de citer un point négatif pour conclure avec le sumô : avant les combats les plus importants, des hommes passent avec des panneaux publicitaires … pour McDonald … triste monde que le notre.

Toujours aussi beau ce Mont Fuji…006

 

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