Lundi 11 Mai

Mes chers lecteurs, je vous ai délaissés injustement ces derniers temps, et je tiens à m’en excuser. Abandonnés au beau milieu de l’aventure dans un pays aussi lointain et différent du votre, vous deviez être totalement perdus sans votre guide particulier. Mais à présent, je suis à nouveau là, auprès de vous tous pour vous conter mes derniers jours de ces deux mois dans la ville de Fuji.

Mon départ fut bien plus difficile que prévu. Non pas d’un point de vue pratique, mais émotionnel. En effet, je me suis beaucoup attaché à cette famille de Fuji, et apparemment cela est réciproque. Ils m’ont demandé de revenir les voir, et les derniers moments passés avec la grand-mère furent très touchants. Elle m’a dit que maintenant, elle me considérait comme un enfant de la famille, et m’a demandé de ne pas oublier ojiisan (grand-père) et obaasan (grand-mère). Ce n’était pas du tout des formules de politesse, comme cela pourrait l’être dans cette situation, mais quelque chose de très sincère et vrai. La fille de la famille m’a même dit qu’elle les avait vus regarder ma chambre vide avec un air triste…Je vous avoue que ça me touche profondément.

Du coup, j’ai été assez chagriné d’avoir quitté cette famille, cette maison, et cette ville où je me sentais si bien, pour aller rejoindre Osaka et ses millions d’habitants, ses buildings et ses voitures, ses rues interminables bourrées de magasins divers. Le bruit de la route à deux pas de ma petite chambre, vraiment toute petite, et la vie moderne et citadine remplaçant le calme de Fuji : me voila dans un nouveau Japon, complètement différent de celui que j’avais découvert pendant ces deux mois.

Mais je m’emballe, je m’emballe, et j’oublie que je vous ai laissé bien avant mon arrivée à Osaka, et qu’il me reste encore à vous raconter la fin de mon séjour à Fuji. Du coup, permettez-moi de vous parler d’une journée assez particulière passée avec le père et la fille de ma famille de Fuji. C’était la dernière semaine de ces deux mois à Fuji, et cela restera une journée inoubliable.

Le lac Tanukiko, près de Fujinomiya
2 - Le lac de Tanukiko

Nous sommes allés à Hakone, dans la préfecture de Kanagawa, c’est-à-dire un peu à l’est de Fuji (en direction de Tokyo). Cette journée fut particulièrement riche en nouveautés et en visites, ainsi qu’en dégustation culinaire des spécialités japonaises. Le petit paragraphe qui en parlera vous mettra, j’en suis sûr, l’eau à la bouche !

Pour commencer, nous avons fait le tour du lac Ashi, célèbre pour son torii (portail shintô) situé au bord de l’eau, à la limite du lac et de la forêt. Il s’agit là d’une vision magnifique, embellie par la douce température matinale et une légère bruine étincelant timidement sur les pins japonais et les derniers sakura en fleurs. La beauté particulière et intimiste de ce lac dissimulé entre les montagnes verdoyantes et jaunissantes (respectivement les pins – matsu – et les érables aux feuilles minuscules mais innombrables – momiji) donne à ce lieu une atmosphère incroyablement mystérieuse, onirique, voire même spirituelle… La journée commençait bien !

Mais l’escapade à Hakone était avant tout prévue pour se rendre aux onsen, ces bains publics en plein air dans les sources d’eau chaude. C’est une expérience étonnante pour plusieurs raisons.
La première, celle qu’évoque tout le monde, est la nudité intégrale et obligatoire dans ce type de bains. Bien sûr, hommes entre hommes et femmes entre femmes, bien qu’il existe apparemment aussi quelques bains mixtes. Pour nous qui n’avons pas l’habitude, c’est assez particulier de se mettre nu alors que les Japonais qui s’y rendent font ça de manière totalement décontractée. Par contre, dès qu’il s’agit de contact physique (poignée de main, bise, …, les rôles s’inversent et ce sont les Occidentaux qui sont plutôt à l’aise)

La deuxième raison est que ce lieu était absolument magnifique. En plein nature entre deux montagnes boisées et inhabitées, des petits bassins bordés de pierres placées de façon irrégulière sont construits en terrasse, et la bruine froide qui nous tombe sur les épaules est délicieusement rafraîchissante. Ouvrez les yeux et vous verrez, entre deux nuages de vapeur d’eau chaude, la faune et la flore japonaise au milieu de laquelle vous vous trouvez, nus et enveloppés d’une chaleur apaisante … Ce n’est plus du tout « Tintin au Congo », mais plutôt « Adam au Japon » !

D’autres raisons pour lesquelles les onsen sont particuliers ? La gentillesse du personnel, la qualité de l’accueil, le luxe proposé dans un cadre naturel,… et la chaleur de l’eau. Pour moi qui n’ai pas l’habitude, j’aurai plutôt tendance à plonger des nouilles dans certains bassins (pour les faire cuire) plutôt que de m’y ébouillanter en me disant que c’est pour mon bien-être ! Avis aux amateurs : c’est parfois vraiment très chaud… (vous comprendrez bien que je n’ai pas de photographies pour ces lieux, car cela est interdit)

Les chutes proches du lac Tanukiko
6 - Les chutes

Après les bains et le repas, faisons juste un petit passage par un des grands hôtels de la ville. Il y a un personnel exceptionnel. Lorsque vous arrivez en voiture, un des membres du personnel se présente à côté de votre voiture, vous explique où vous allez vous garer, puis court devant la voiture jusqu’à la place attribuée. Là, il vous guide à la voix pour vous aider à vous garer, et attend que vous sortiez de la voiture avec un parapluie pour vous protéger de la pluie…

Dans cet hôtel, il y a une église pour les mariages ainsi qu’un petit musée dans lequel sont exposés de nombreux objets hétéroclites et surprenants. Par exemple, un vieux piano mécanique, deux machines à écrire Remington, et des photos de l’ « international Mustache club » ! Non, non, vous avez bien lu ! Nous étions tout simplement écroulés de rire, à observer les photos des représentants notoires de cet honorable club du début du XXe, arborant fièrement leur pilosité faciale d’apparat…

Puis, autre curiosité de la région : les Œufs noirs. Ces œufs sont disposés dans un site volcanique des montagnes d’Hakone, endroit où la terre recrache de l’eau bouillante et des vapeurs de souffre à l’odeur assez difficile à supporter. Ainsi, ces œufs sont cuits là-bas et, selon ce que disent les gens, en manger vous ferait vivre sept années supplémentaires…Non, ne vous précipitez pas tous pour en manger une douzaine !!!

Enfin, comme je vous l’ai promis un peu plus haut, voici un bref résumé des repas de cette journée. Je tiens à préciser tout de même que ce n’est pas le menu de tous les jours, mais vous l’aurez sûrement compris. Le matin, petit-déjeuner usuel avec riz, soupe miso, et thé vert. Udon (nouilles blanches épaisses faites à partir de farine de blé) sur la route d’Hakone, et restaurant de sushi absolument délicieux pour le repas du midi. Œuf noir (kuro-tamago) en rentrant, à nouveau sushi divers et variés avec toute la famille pour le repas du soir, repas terminé par une tasse de thé vert genmaicha et des hanami-dango (brochette de trois boules de farine de riz, spécialité de la période de floraison au Japon). Tout simplement délicieux. Et comme dirait un Japonais : onaka ga ippai (« J’ai le ventre plein ») !

A bientôt pour quelques nouvelles remarques personnelles à propos de ce que j’ai observé dernièrement, ainsi que pour mon arrivée à Osaka et mes premières promenades au Tennozan !

Prêts pour la dernière leçon de Cérémonie du thé
3 - Maiko et moi

Kuro-tamago d’Hakone (oeuf noir)1 - Kuro tamago (Oeuf noir) de Hakone

J’ai fait découvrir la ratatouille maison à ma famille d’accueil!2 - Ma ratatouille

…ainsi que mon premier mille-feuilles!1 - Mon premier mille-feuilles

Exposition d’ikebana à Fujinomiya3 - Ikebana

4 - Ikebana

5 - Ikebana

6 - Ikebana

7 - Ikebana

Vous mangeriez une brochette de ça, vous, à la fête foraine à la place d’une barbe à papa? La fille de la famille, oui !!!9 - ...et là ... vous en mangez ...

 

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