Vendredi 14 Mais

Mes chers amis, me voila de nouveau seulement quelques jours après mon dernier article. Comme j’ai de nombreuses photos à vous montrer (Eh oui, j’ai pris du retard mais j’ai aussi profité de mon voyage!), et que je connais votre passion, votre préférence, voire votre addiction complète et totale à cette drogue qu’est la photographie souvenir, je m’en vais de ce pas vous envoyer votre dose hebdomadaire d’images dépaysantes et exotiques. Mais ne comptez pas en plus vous en tirer simplement comme cela, sans le bavardage interminable de votre envoyé spécial !

Il faudra mériter ces photographies, et il ne s’offre à vous que deux solutions :

– Lire l’article jusqu’au bout en profitant de chaque instant, de chaque mot, pour arriver sereinement à une fin heureuse et illustrée. Les mots et les images s’entremêleront, formant un délicieux et subtil nectar qui, lorsque vous y goûterez, vous emplira d’une joie exotique, le ressenti d’une découverte saine à distance.

– Aller directement regarder les photographies, ce que je vous déconseille fortement. Vous passeriez à côté de sentiments indescriptibles, de récits inoubliables, et sombreriez définitivement dans l’égoïsme et l’absence de curiosité littéraire menant tout droit à l’illettrisme et la pauvreté d’esprit…

Bien, je pense que je vous ai exposé impartialement les deux possibilités, sans chercher à vous influencer le moins du monde dans votre choix personnel. Je vous laisse maintenant opter pour la meilleure solution en toute liberté !

Petit jinja du Tennozan
6 - Petit jinja du Tennozan

Depuis dix jours à Osaka, je n’ai pas eu beaucoup de temps à moi, comme je l’avais pourtant pensé auparavant. Entre les promenades, visites, repas, les longues discussions avec ma famille d’accueil, mes deux heures quotidiennes de piano, ainsi que les autres activités habituelles … eh bien il ne reste plus beaucoup de temps libre dans la journée !!! Et comme je ne voudrai pas passer tout mon temps devant mon ordinateur, il m’est difficile de suivre la cadence.

Si vous saviez le nombre de lignes écrites depuis mon arrivée au Japon, sans parler du nombre de correspondants différents ! Comme je suis d’un tempérament plutôt perfectionniste, je souhaite tout bien faire, et surtout ne pas m’abaisser à un simple envoi groupé. Non, décidemment je ne m’y résoudrai pas ! Tant pis pour le temps passé à le faire, mais je tiens toujours à écrire quelques phrases personnelles à chacun. Il en est de même pour ces petits articles : je les fais bien sûr pour vous donner des nouvelles et pour faire découvrir ce que j’aime à d’autres personnes, mais aussi pour me faire un souvenir de mon épopée nippone le plus complet possible.

Le courrier électronique est une possibilité véritablement pratique, gratuite, mais tout à fait impersonnelle. C’est pourquoi à Fuji comme ici déjà, les personnes du guichet « courrier international » des postes de quartier me connaissent très bien ! Je n’ai même plus besoin de préciser que mes lettres sont pour la France, mais j’ai plutôt l’obligation de parler de mes dernières visites effectuées dans les environs ! Ah, la poste française ne me manque pas du tout. Au Japon, tout est d’un professionnalisme exemplaire, ce qui se retrouve d’ailleurs dans les trains et les bus, dans les supermarchés, etc. Quand je pense à la phrase française « Le client est roi », je me rends compte maintenant à quel point cette expression n’a aucun sens chez nous, mais s’illustre parfaitement au Japon !

Je vois de temps en temps des comportements étranges (du point de vue d’un occidental) mais nous aurions beaucoup à apprendre du professionnalisme japonais, et de leur exemplaire honnêteté. Je n’ai pour l’instant vu aucun antivol aux caisses des grandes surfaces et autres magasins ; les gens font la queue lorsqu’ils attendent quelque part et n’imaginent même pas vous passer devant ; le personnel des magasins se précipite pour vous faire attendre le moins possible, s’excuse du temps qu’il vous fait perdre, et vous remercie poliment quelle que soit la raison de votre venue ; il semble impensable pour de nombreux japonais de voler ou frauder … Une confiance et une sincérité qui rend votre quotidien très agréable.

J’aurai encore l’occasion de parler de la société japonaise telle que je la perçois personnellement, avec sûrement de nombreuses autres anecdotes ponctuelles dans mes prochains articles. Mais passons aux dernières visites, car à la demande générale, j’ai pris de nombreuses photographies pour illustrer mon récit. Voici donc mes premières visites à Osaka, où je vis depuis dix jours. Profitez de ce moment et préparez-vous pour l’article suivant : il y aura des images et des moments inoubliables…

La végétation du Tennozan3 - Temple bouddhiste dans la forêt

La première sortie avec ma famille d’accueil fut une longue promenade pour grimper au sommet du Mont Tennozan, une magnifique promenade dans les bois avec un dénivelé très fort …EPUISANT… J’ai d’ailleurs appris quelques jours plus tard que ce chemin était réputé dans tout le Japon pour être une des promenades les plus difficiles … Je confirme !!! Mais je ravale mes protestations, car pour moi ceci n’est qu’un entraînement : si le temps le permet, je grimpe le Mont Fuji cet été avec le boulanger de Fuji !

Le sentier est parsemé de temples bouddhistes et de sanctuaires shintô, tous plus beaux les uns que les autres, et l’on peut même voir quelques tombes de personnages importants. Il y a par exemple, à mi-chemin de l’ascension, les tombes de soixante-dix samouraïs ayant affronté le gouvernement à l’aube de l’ère Meiji (milieu du XIXe – abolition du statut de samouraï), qui sont revenus à cet endroit pour se faire ensemble seppuku (se donner la mort en samouraï, en s’ouvrant le ventre avec son propre wakizashi – petit sabre porté à la ceinture).

Tout au long de cette promenade, j’ai découvert des endroits merveilleux, féériques, que même notre imagination la plus fertile ne pourrait inventer. Certains endroits inspirent la paix ou le recueillement, d’autres la joie et l’envie de sourire. Un arbre vous contemple, les bambous se penchent vers vous et vous racontent les secrets de ces lieux, les fleurs apparaissent soudainement, comme si elles avaient entendu le bruit de vos pas, la brise printanière dévale la pente à vos côtés. Entre les feuilles des érables, apparaît un vieux temple abandonné, sur le toit duquel quelques fougères ont élu domicile. Simplement merveilleux.

Pagode à étages du Tennozan
8 - Temple du Tennozan

La tombe de 70 samouraïs ayant combattu le pouvoir à la fin de la période d’Edo, et s’étant fait seppuku ensemble9 - La tombe de 70 samouraïs ayant combattu le pouvoir à la fin de la période d'Edo, et se sont fait ensemble seppuku

Passage entre des bambous … plutôt grands1 - Forêt de bambous - regardez la taille à côté des personnes

Le vieux temple perdu au milieu de la forêt5 - Un vieux temple perdu dans la forêt

Sous les érables japonais (momiji)6 - Les momiji

Un coup d’œil à gauche, et voici une petite source qui remplit de son eau naturelle un bassin servant à se purifier les mains et la bouche avant d’effectuer une prière shintô. D’abord saisir la louche en bois (hisshaku – comme pour la cérémonie du thé), la remplir, et faire couler l’eau le long du manche. Puis verser de l’eau successivement sur ses deux mains, remplir le creux de sa main gauche et la porter à sa bouche pour la rincer. Et enfin, faire à nouveau couler l’eau le long du manche de l’hisshaku avant de la reposer à l’envers, fond vers le haut.

Dirigez-vous vers le petit bâtiment, jetez une pièce dans la grande urne en bois, et inclinez-vous deux fois. Tapez deux fois dans vos mains pour attirer l’attention des esprits (kami), et joignez vos mains en vous penchant en avant. A la fin de votre recueillement, saluez à nouveau une fois et faites sonner les gros grelots avant de partir. Voici le rituel shintô que j’ai pu observer plusieurs fois.

Un coup d’œil à droite, et un magnifique bâtiment se présente à votre regard, sans doute une ancienne scène de théâtre, probablement de kyôgen (théâtre comique intermède du nô). Près de celle-ci, de nombreux autres bâtiments, petits et grands, des tombes agglutinées les unes contre les autres, et parfois des statues ou des peintures.

Sous la protection du toit d’un bâtiment, une magnifique représentation d’un tournoi de sumô accroche le regard des promeneurs, qui jettent un regard inquiet autour d’eux… Y aurait-il l’un de ces puissants lutteurs prêt à se jeter sur eux dans les parages ?

Non, il n’y a que le doux bruit du silence, ce si beau son que l’on écoute avec le cœur … Non, il n’y a que la présence du vide, l’allusion ou la suggestion qui emplit bien plus votre regard que n’importe quelle décoration. Dans cet endroit on ne manque de rien, car toutes les questions que vous vous posez ont une réponse dans la nature qui vous entoure. Fermez les yeux et regardez bien, bouchez-vous les oreilles et écoutez bien … Cette fleur, juste à côté de vous, recèle le secret du bonheur : elle n’est pas belle par sa couleur, ni par son parfum, elle est belle parce qu’elle est unique, infinie dans votre souvenir et éphémère dans le temps. Et c’est parce qu’elle se flétrit rapidement qu’elle est d’autant plus magnifique … Réfléchissez-y, et souvenez-vous :

Tout comme ces fleurs, on meurt chaque instant

La fontaine d’eau pure du Tennozan
7 - L'eau pure et réputée de la montagne

La scène de kyôgen8 - Peut-être une ancienne scène de théâtre, probablement kyôgen

Le tournoi de sumô10 - Peinture représentant un tournoi de sumô (celui d'Osaka dont je vous ai parlé est célèbre)

Et encore des escaliers …4 - Encore des escaliers !

Après cette promenade dans un Japon du passé, le retour à la vie moderne a été des plus agréables, avec la visite de la distillerie de whisky Suntori se situant au pied du Mont Tennozan, puis la dégustation de différents millésimes de ce même alcool, dans un cadre très luxueux.

De la source d’eau venant directement de la colline aux cuves de la distillerie, des caves remplies de tonneaux alignés aux étagères de bouteilles de la salle de réception, du simple verre à notre bouche impatiente, nous apprenions tous les chemins possibles que cet alcool bienfaisant pouvait emprunter. Peut-être que l’itinéraire le plus difficile fut celui partant de la salle de dégustation et allant au bon train pour rentrer à la maison…

Le changement était radical, mais la visite se révéla très intéressante, car la fabrication est différente de celle du whisky écossais ou irlandais. Osaka étant une ville moderne, dynamique, marchande, je m’attends chaque jour à affronter la foule, les voitures, et les immeubles. Cela me change complètement de la ville de Fuji où j’étais auparavant, qui comptait tout de même près de 200 000 habitants, mais où la vie était nettement plus paisible.

Je connais ma préférence pour la campagne ou les petites villes, mais il est pour moi très important d’avoir sous les yeux les différentes parties du Japon, afin de me faire une opinion plus juste et de vivre des expériences diversifiées. Je continue à préparer des desserts français pour les faire goûter aux Japonais, et comprendre ce qu’est le goût japonais.

Ma famille d’accueil d’Osaka est une famille moderne, comme on pourrait en trouver dans les grandes villes françaises. Elle accueille régulièrement des personnes venant du monde entier, et aime donc découvrir de nouvelles cultures. Par chance, la cuisine française est réputée, et je ne pense pas être un mauvais cuisinier. C’est donc par la musique et la cuisine, mes deux principales passions, que je fais découvrir la culture française à mes hôtes. J’ai d’ailleurs préparé de nombreux desserts pour la première fois, juste pour faire connaître ceux-ci aux personnes qui m’accueillent.

De temps en temps, ils n’aiment pas trop nos desserts, notamment parce qu’il y a beaucoup de beurre et de sucre. Mais lorsqu’il y a du chocolat, je pense que tout le monde se met d’accord et oublie les préjugés pour se lancer à pleines dents dans la découverte !

J’en fais de même pour la cuisine japonaise, qui est vraiment délicieuse. Moi qui n’ai jamais habité près de la mer, j’ai parfois du mal avec le fort goût de poisson que l’on peut trouver un peu partout. Mais force est de reconnaître que la qualité des produits venant de la mer est absolument fabuleuse, sans parler de la variété des produits et de leur préparation !

Par contre, les produits d’import sont extrêmement chers. Par exemple, le fromage est hors de pris. Un camembert français peut coûter 12 euros, un sachet de fêta banale 9 euros, une petite tranche de parmesan 11 euros, etc. Tout est de deux à quatre fois plus cher qu’en France, ce qui réduit mes achats de produits étrangers. Surprenant, n’est-ce pas ?!

Les caves de la Suntory whisky factory
14 - Fabrique de whisky Suntori - yamazaki

Les étagères remplies de bouteilles22 - Fabrique de whisky Suntori - yamazaki

La source d’eau utilisée pour la fabrication du whisky. Splendide !17 - L'eau utilisée pour le whisky

Assiette de mon crumble aux pommes7 - Assiette crumble

Hirohisa (le père de la famille) et moi à la dégustation de whiskyHirohisa et moi à la Suntory

Mon moelleux au chocolat avec sorbet à l’orange11 - Moelleux au chocolat

Il est temps pour moi de vous laisser ici, avec quelques photographies du musée de la ville de Takatsuki. On m’a dit plusieurs fois qu’il n’y avait là que très peu de choses, mais pour un étranger comme moi, ce « peu de choses » est déjà un ravissement pour l’œil. Des armures de samouraïs, des sabres, des calligraphies, des paravents peints, … Le commun d’une vie de château japonais est un eldorado pour mon imagination, une caverne d’Ali baba pour mes connaissances, un plateau de fromages français à bas prix pour un Japonais, un petit rien dans un jardin japonais.

Chaque seconde est une nouveauté pour moi, et j’ai beaucoup de chance de vivre cela. J’espère que vous pourrez profiter un peu de ces moments grâce à ces quelques lignes et illustrations.

Armure de samouraï complète
4 - Armure de samouraï

Arcs et flèches de samouraï3 - Ancien arc et flèches de samouraï

Katana et Naginata (fauchard) de samouraï6 - Katana et Naginata (fauchard)

Objets d’art du château de Takatsuki2 - Musée de Takatsuki

 

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