Lundi 21 Juin

A côté de chez moi : Imamiya-jinja et Daitoku-ji

(vous avez peut-être remarqué qu’il y a toujours le suffixe « ji » à la fin du nom des temples. « ji » ou « 寺 »veut tout simplement dire temple, comme « jinja » ou « 神社 » signifie sanctuaire/temple shintô. Il s’agit donc du temple Daitoku ou Daitoku-ji, ainsi que du sanctuaire Imamiya ou Imamiya jinja)

Imamiya-jinja
1 - Imamiya jinja

Kare-sansui du Daitoku-ji7 - Magnifique Kare-sansui

Maison de thé du Daitoku-ji8 - Maison de thé

Un des innombrables recoins du Daitoku-ji9 - Recoin

 

Après avoir regardé ces quelques photographies, prises à cinq minutes à pied de mon actuel domicile, vous devez vous dire que je suis un incroyable chanceux, un heureux personnage placé sous le signe de la fortune qui me sourit sans cesse depuis ma plus tendre enfance. Eh bien non ! Permettez à la défense de s’exprimer, et je vous prie, messieurs les lecteurs-jurés (oui, c’est un nouveau concept ; mais vous en conviendrez, il vaut mieux être lecteur-juré qu’ennemi-juré … mais je m’égare et me laisse aller à des jeux de mots insignifiants, voire même désolants : promis, c’est le seul de l’article !), repoussez à plus tard votre jugement et écoutez ma plaidoirie.

A mon arrivée dans ma nouvelle famille d’accueil, un couple d’une soixantaine d’années, ce n’était pas du tout la même chose qu’auparavant. La première chose dite par la femme fut : « Il faut remplir cette feuille, avec tes nom, prénom, numéro de passeport, etc. et ton loyer est de … tant : merci de me le donner maintenant ». Ce n’est qu’une fois ces formalités accomplies que j’appris la vérité sur cette « famille d’accueil »… qu’il aurait été plus juste d’appeler « famille d’accueil … de mon porte-monnaie » !

La femme m’a expliqué que ma chambre était au troisième étage, que je pouvais utiliser le deuxième étage (cuisine, salle de bain, et salon), et qu’eux habitaient au premier. En d’autres termes, je loue une chambre sans croiser les gens, à moins d’aller dans leur magasin au premier étage, et ils appellent cela famille d’accueil. Je précise que du coup, je me prépare mes repas tout seul et mange tout seul également… De plus, les pièces ont des horaires d’utilisation à respecter, la machine à laver, le vélo, l’air conditionné, le piano (j’en parle à la fin de l’article) etc. sont payants pour chaque utilisation. Ce n’est pas franchement le principe d’une famille d’accueil, et c’est en tout cas très loin de ce que j’ai connu à Fuji et à Osaka. Et ce que je reproche le plus est le mensonge que représente leur site de présentation, où rien de cela n’est mentionné. On se retrouve un peu pris au piège, car on a payé et on est seuls sans pouvoir faire grand-chose…

Mais arrêtons là les lamentations, car tout évènement a un bon côté pour qui se donne la peine de le chercher et d’adopter une vision positive ! Ainsi, cette absence totale de relation et d’échange (ainsi que ce rejet vis-à-vis de ces gens qui naissait en moi) s’est très vite transformée en envie de partir, de quitter la maison le matin pour ne revenir que tard le soir. J’ai du coup visité de nombreux endroits magnifiques, et découvert une ville extraordinaire, vivante, agréable, pleine de surprises culturelles le jour et de démesure la nuit… Si vous recherchez le dépaysement, vous ne pouvez pas mieux tomber !

Il y a avant tout quelque chose que je souhaite vous demander. Je n’ai pas pour habitude de prendre des milliers de photographies, et d’être attiré par la foule, les grandes rues, les caractéristiques purement citadines. Je suis même assez réfractaire aux photographies de personnes, de rues, de magasins car je trouve cela un peu inconfortable et impoli vis-à-vis des personnes… Mais la ville de Kyôto est également très différente des photos que je vous montre. Il y a des grandes rues commerciales couvertes, avec plein de monde, des tenues vestimentaires et des coiffures assez extravagantes parfois, ce que vous ne voyez pas sur mes clichés.

Si cela vous intéresse vraiment, et si vous me le demandez, je peux prendre quelques photographies des personnes et des rues, comme un banal touriste américain qui ne prête pas attention aux gens (par exemple cette américaine qui a passé son bras autour de l’épaule d’une geisha pour prendre une photo, qui était fâchée que la geisha parte à cause de ça, et disait : « Mais elle est gonflée, j’ai bien le droit de prendre une photo comme ça quand même, si j’en ai envie !»)… Je le ferai donc seulement si vous me le demandez sincèrement, pour vous montrer les différences entre nos deux pays. Et pour vous prouver ma bonne volonté, voici quelques images de voyages scolaires d’écoliers japonais, intéressantes essentiellement d’un point de vue vestimentaire, ainsi que le début de mes visites à Kyôto : Heian-jinja, Statue géante de Kannon, Temple Shinnyodo, et Shimogamo-jinja.

Voyage scolaire à Osaka
18 - Collégiens

Voyage scolaire au temple Sanjusangendo17 - Premières années d'école

Torii immense du Heian-jinja1 - Torii du Heian jinja

Un des bâtiments du Heian-jinja3 - Magnifique bâtiment du sanctuaire

Statue géante de Kannon3 - Statue géante de Kannon

11 - Kannon vue de la gauche

Statues du Shinnyodo12 - Statue de Bouddha à l'entrée du cimetierre

8 - Statue du Shinnyodo

Pagode en bois du Shinnyodo11 - Pagode du Shinnyodo

A l’intérieur du Shimogamo-jinja4 - A l'intérieur du sanctuaire

Petits édifices particuliers pour adresser les prières à différents kami (divinités shintô)5 - A l'intérieur du sanctuaire, des petits sanctuaires pour des kami différents

 

Kyôto est avant tout la ville des temples et des sanctuaires. Il y en a vraiment partout, même aux endroits les plus surprenants. Par exemple, en pleine rue piétonne remplie de magasins de souvenirs et de marques, on peut tomber sur un grand temple avec une statue de bouddha en or et un cimetière bouddhiste entre les arbres et les fontaines naturelles …
Cette ville est merveilleuse pour cela : il y a des endroits magnifiques partout ! Où que vous alliez, vous serez surpris par une maison, un magasin, un temple, un arbre, etc. Les ruelles minuscules (où deux piétons ne peuvent pas se croiser !) côtoient les grands axes routiers, les montagnes avoisinantes sont totalement vertes et abritent des temples somptueux, et même si la vie est assez chère, vous trouverez d’innombrables restaurants dont la cuisine est délicieuse et bon marché. Et il est toujours possible, à n’importe quelle heure, de combler un petit creux avec un bol de nouilles avalé très rapidement debout au comptoir d’un petit restaurant, pour seulement deux ou trois euros…

Mon quartier préféré s’appelle Gion. C’est le quartier ancien de la ville, le quartier des Geisha, ces femmes artistes dont la compagnie est si prisée. Les rues de Gion sont pavées, et les maisons en bois de style ancien sont vraiment belles. De temps en temps, certaines Maiko (apprenties geisha) restent dans la rue pour que les gens prennent des photographies d’elles ou avec elles. Il n’est pas rare de voir en ville des femmes en kimono, j’en croise même tous les jours. Mais lorsque l’on aperçoit une Maiko, on sent tout de suite une différence. La prestance, les vêtements et la coiffure, la tenue corporelle, et aussi la beauté. Je vous laisse admirer Gion avant de vous retrouver dans un tout autre paysage …

Théâtre de Kabuki de Gion
6 - Théâtre de Kabuki de Gion

Restaurant célèbre d’okonomiyaki7 - Célèbre restaurant d'okonomiyaki

Plus large rue de Gion de nuit8 - Les rues de Gion de nuit

En compagnie d’une Maiko et de Silvia, étudiante italienne logeant dans la même maison que moi19 - Avec Sylvia et une Maiko-san

Deux Maiko dans la rue : j’adore les expressions du conducteur de pousse-pousse !13 - Deux Maiko-san (l'expression du conducteur est géniale)

15 - Deux Maiko-san (le sourire du conducteur est génial)

20 - Deux Maiko

Une des rues les plus anciennes de Gion16 - Une des plus anciennes rues de Kyoto

 

Vous avez déjà aperçu une partie du Heian-jinja, avec l’immense torii à son entrée. La particularité de ce sanctuaire est un magnifique jardin qui entoure tout un côté du bâtiment. J’ai eu la chance d’y aller à une saison particulière pour les fleurs, ce que vous pourrez constater avec les photographies suivantes.

Dans ce jardin, on se sent réellement comme dans un paysage de carte postale. La nature est si belle et si présente que vous en oubliez la proximité de la ville. Contrairement à beaucoup de Japonais, qui font tout à une vitesse ahurissante, j’ai vagabondé dans ce jardin une bonne heure, émerveillé par les iris et les fleurs de lotus. Dans cet environnement, tout ce dont je vous ai parlé à propos de la cérémonie du thé, du zen, du calme, de l’infime et de l’immensité prend un sens. C’est en partie le Japon dont je rêvais, que je souhaitais découvrir. La relation à la nature est autre, ici. Les gens comprennent son importance et respectent ce qui les entoure.

Le jardin du château de Kyôto, le Nijojô, représente parfaitement cette esthétique et cette beauté purement nippone. Il est très différent du jardin que vous verrez plus loin dans cet article, mais est néanmoins magnifique et représentatif des jardins japonais.

Le bâtiment particulier que vous allez voir sur la dernière photographie est un temple bouddhiste. Il est construit sans métal, tout en bois, spécialement conçu pour résister aux tremblements de terre. J’ai eu la chance d’assister à une cérémonie de mariage bouddhiste devant la grande statue de Bouddha, et au milieu des 500 statues de divinités ayant toutes un visage différent. Comme les visages changent, chacun peut se retrouver dans une des statues, ce qui est la raison de la présence de ces nombreuses effigies. Un samouraï, Taira no Kiyomori, a fait construire ce temple pour l’offrir à son empereur Go Shirakawa au XIIe, le premier empereur à se retirer dans un temple pour quitter sa fonction politique (action appelée insei). Un joli cadeau, n’est-ce pas ?

Le jardin du Heian-jinja : pas besoin d’autres sous-titres !
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Jardin du Nijojô4 - Jardin du Nijojô

Sanjusangendo1 - Sanjusangendô

Derniers lieux importants que j’ai visité récemment, le Kinkaku-ji (Petit test : temple ou sanctuaire ? Relisez le début de l’article !!!) et le Ryôan-ji sont célèbres dans le monde entier. Comment, ces noms ne vous disent rien ? Ahlala, il faut donc tout vous expliquer … Rassurez-vous, c’est normal, les noms japonais sont vraiment compliqués pour nous, mais lorsque l’on cherche à comprendre les kanjis qui composent les noms, il y a toujours un sens. Néanmoins, je suis sûr que vous avez déjà vu des photos de ces endroits !

Le Kinkaku-ji est aussi appelé Pavillon d’or, en raison du temple à deux étages recouvert de feuilles d’or. Dans un jardin magnifique et au bord d’un étang, ce temple doré est très imposant, projetant sur nous la lumière du soleil qui nous pénètre jusqu’au plus profond de notre être. On a beau voir de nombreuses fois des images de ce temple, être en sa présence est absolument irremplaçable. Je ne suis pas trop attiré par tout ce qui brille, mais ce temple est absolument sublime, majestueux.

Le Ryôan-ji est célèbre pour son jardin sec. En effet, sur un lit de graviers blancs reposent exactement quinze pierres, mais d’aucun des endroits accessibles il n’est possible de voir ces quinze pierres en même temps, de les embrasser d’un seul regard : il y en a toujours plusieurs qui sont cachées par les autres. Je ne voudrai pas vous ennuyer avec d’innombrables pensées et idées à propos de la signification de cette particularité, et je n’en ai d’ailleurs pas le temps aujourd’hui. Mais je le note quelque part, et dès que mon emploi du temps sera un peu moins chargé, je vous parlerai de tout cela. Je veux d’ailleurs vous parler aussi de ma discussion avec la jeune élève, qui m’a fait pratiquer pour la première fois le kendô. Peut-être vais-je l’oublier, alors rappelez-le-moi !!!

Je vous laisse donc en compagnie des photographies, et de quelques anecdotes notées il y a quelques jours déjà, à propos du piano dans ma nouvelle maison et de petites remarques sur mon quotidien au Japon. A bientôt.

Lac du Kinkaku-ji4 - Le lac du Kinkaku-ji

Le Pavillon d’or3 - Pavillon d'or du Kinkaku-ji

Autre vue du lac du Kinkaku-ji6 - Lac du Kinkaku-ji

Un vieux pin matsu5 - Pin matsu avec des soutiens

Autre lac du Kinkaku-ji10 - Petit lac dans le parc du Kinkaku-ji

Le Kinkaku-ji émergeant dans la nature9 - Pavillon d'or émergeant de la nature

Le lac du Ryôan-ji10 - Petit lac dans le parc du Kinkaku-ji

Le célèbre jardin sec du Ryôan-ji15 - Le célèbre jardin sec du Ryôan-ji

Il y a 15 pierres dans ce jardin sec16 - Il y a 15 pierres dans ce jardin sec

D’aucun endroit elles ne sont toutes visibles à la fois17 - Mais d'aucun endroit elles ne sont toutes visibles à la fois

Mais pourquoi vouloir toutes les regarder, alors qu’elles représentent tant de choses à elles seules18 - Mais pourquoi vouloir toutes les regarder, alors qu'elles représentent tant de choses à elles seules

Pont pour atteindre le petit sanctuaire au milieu du lac19 - Pont pour atteindre un petit sanctuaire sur l'île

Chers lecteurs patients et intéressés, pour vous remercier de votre attention et de votre persévérance, voici un petit supplément de remarques sur le monde qui m’entoure, sur le Japon d’aujourd’hui, sur les détails que l’on ne trouve pas dans les livres et qui font l’intérêt d’une expérience comme la mienne. Bien sûr, il ne s’agit que de mon propre regard à un moment précis, à un endroit particulier, avec mon humeur du jour… Mais un livre n’est-il pas également le reflet d’une époque, d’un écrivain, d’une interprétation ?

J’avais déjà remarqué auparavant que, tout comme les employés des magasins, les conducteurs de bus étaient très polis, prévoyants, attentifs au bien-être de leurs passagers. Mais les trois premières fois où j’ai pris le bus à Kyôto, j’ai remarqué quelque chose de très intéressant dont les chauffeurs de bus français devraient s’inspirer. Précisons avant tout que les chauffeurs de bus japonais des grandes villes sont équipés d’un micro pour s’adresser aux passagers.

Lorsque le bus est plein et que des personnes se tiennent debout, le conducteur prévient les usagers avant chaque arrêt (aux endroits prévus ou à cause de la circulation) et chaque redémarrage, pour éviter les surprises et prévenir les déséquilibres inopinés de la population muette et endormie des transports en commun nippons. Une prévenance très surprenante lorsque l’on connait, par exemple, les conducteurs toulousains, qui se font toujours un plaisir de démarrer et freiner brusquement sans le moindre égard pour les passagers…

Et voici pour terminer deux anecdotes courtes qui vous surprendront sûrement. La première concerne ma nouvelle famille d’accueil, si encore nous pouvons utiliser ces termes sans réprimer une grimace : contrairement aux familles précédentes, il n’y a pas d’échanges linguistiques ou culturels, ni de réelle vie commune (j’ai totalisé un temps de vingt-cinq minutes environ passées avec eux la première semaine … Et encore, je suis allé les voir quatre fois dans leur magasin de mon plein gré !), et lorsque j’ai commencé à jouer du piano (j’avais demandé trois fois par mail et avais fait de cela l’unique critère obligatoire pour les familles chez qui j’allais vivre), la femme a posé un réveil sur le piano et m’a dit : « 1 heure = 800 yens (7,50 euros) » !!! J’étais tellement surpris que je n’ai rien dit…

La seconde est d’un domaine purement technique. Plusieurs fois en allant aux toilettes (eh oui, pardon pour ceux qui lisent en mangeant !), j’ai été étonnée par le nom du modèle des toilettes. Il faut donc savoir, et n’en soyez pas surpris, que si vous vous rendez un jour au Japon, vous aurez très probablement l’occasion de faire vos besoins naturels dans les toilettes d’un modèle très répandu ici, portant le surprenant nom de modèle « Ce Fion » !

 

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