Mercredi 3 Novembre

 

Le mois d’octobre fut fatigant. Non pas à cause de la chaleur, comme pendant les quatre mois d’été extrêmement chauds, mais à cause de mon nouveau travail. Comme je l’ai déjà expliqué à nombreux d’entre vous, je travaille comme serveur dans le restaurant français de l’Institut franco-japonais du Kansai (la région de Kyoto). J’ai travaillé presque tous les jours du mois d’octobre, essentiellement pour le service du soir, et ce n’est pas de tout repos, surtout lorsqu’il faut servir aux réceptions organisées pour François Bayrou ou le dessinateur de bandes-dessinées Loustal.

Mon but était certes d’avoir une activité régulière et rémunératrice, mais je pensais avant tout à découvrir ce qu’est le monde du travail japonais, dont les livres et les reportages télévisés parlent tant. Et je vous avoue que même dans un restaurant « français, il y a de grosses différences avec le travail en France.

Il faut toujours être en train de faire quelque chose (même quand il n’y a personne), prendre conscience que le client a le droit de tout faire et de tout demander, qu’il peut très bien passer une commande et manger sans vous regarder une seule fois pendant une heure (voire même en se tournant de l’autre côté à chaque fois que vous venez) ou demander un plat puis vous dire finalement qu’il n’en veut plus quand vous lui amenez. Dans un buffet, certains viendront poser leurs verres vides précisément au milieu de l’harmonieuse mise en place des verres propres en vous disant « thank you » (dans un restaurant français quand vous lui dites « bonjour » ou « merci » en français et en japonais), mais d’autres viendront quand même vous poser plein de questions avec un véritable intérêt et de la curiosité positive.

Je suppose qu’il y a la même chose en France, que certains vivent pour leur petite minute de pouvoir sur les autres, mais quand en France on vous enverrait paître, au Japon vous devez tout accepter avec le sourire et remercier avec la plus grande sincérité. Il faut à tout prix éviter les conflits et respecter les usages, même si cela va à l’encontre du bon sens, ce que je dois faire quand mon chef (au restaurant) crie un jour parce que je sors des verres et crie le lendemain parce que je n’en sors pas, ceci dans la même situation, bien entendu. Sans compter les incompréhensions dues au langage qui compliquent bien les choses…

Beau bâtiment du jardin Shôsei-en3 - Beau bâtiment du jardin

Pour éviter les conflits, la plupart des Japonais décident d’éviter les relations. Pas de contact, pas de problème : c’est une façon d’être parfait. Il y a ici une immense folie pour les chiens qui se développe en ce moment au Japon. Les gens payent une fortune pour les habits, toilettes, etc. Les célibataires préfèrent avoir un chien qu’elles considèrent comme un petit ami ou un enfant. Ces chiens mangent à table la même chose que leur maîtresse, prennent le bain avec elles, dorment parfois aussi avec, et lorsqu’elles le présentent à d’autres personnes, elles disent : « c’est une petite fille / c’est un petit garçon » ! C’est un remède à l’absence de relation, en partie due à l’importance donnée au travail, au nombre d’heures incroyables données à l’entreprise plutôt qu’à d’autres personnes.

Le service, où que vous alliez, est toujours impeccable, donc si une fois ce n’est pas le cas et que quelque chose est différent, beaucoup sont complètement perdus… La routine, l’ordinaire, l’identique semblent convenir à beaucoup de Japonais, qui préfèrent faire exactement la même chose sans réfléchir plutôt que d’avoir toujours peur de faire une erreur. Se tromper au Japon semble être une erreur irrémédiable qui portera atteinte à quelqu’un, et gêner quelqu’un est très grave. Mais si vous dérangez un Japonais, il ne vous le fera que très rarement remarquer. Sa réaction sera la plupart du temps de chercher la fuite ou de paniquer sur place, jamais de vous dire d’arrêter.

Je vais vous raconter deux anecdotes assez étonnantes. Lorsqu’un policier vous arrête dans la rue parce que vous n’avez pas allumé la lumière de votre vélo, il s’excusera plusieurs fois de vous avoir arrêté, et s’expliquera de longues minutes à propos de la loi qui oblige d’allumer sa lampe, en vous disant qu’il comprend toutefois que vous ayez pu l’oublier. Il s’excusera de vous demander d’y penser à chaque fois, ainsi ni vous ni lui n’êtes responsables du désagrément. Mais ne vous inquiétez pas, car ils arrêtent rarement un étranger : ils ont trop peur de devoir parler en anglais !!! La seconde anecdote a eu lieu lorsque je distribuais des annonces pour donner des leçons de français. Certaines filles, de peur d’avoir un échange avec moi, un garçon étranger (prendre le papier et dire merci ou bonjour), se mettaient à courir cinq mètres avant d’arriver à ma hauteur et s’arrêtaient cinq mètres plus loin. Je vous jure que cela est arrivé plusieurs fois ! Voici une autre façon d’éviter une relation, et donc un potentiel conflit. 

Callicarpa japonica, ou ‘Arbuste aux bonbons’ du Japon4 - Callicarpa japonica, ou 'Arbuste aux bonbons' du Japon

Pont en bois construit par le fils de l’empereur Saga (9ème siècle) sur le modèle d’un pont de la préfecture de Miyagi (nord de l’île principale du Japon)5 - pont

Autre pont entièrement en bois pour se rendre à l’île où se trouve la maison de thé6 - Autre pont entièrement en bois pour se rendre à l'île où se trouve la maison de thé

Lac du Shôsei-en8 - Un petit paradis en pleine ville (5min de la gare de Kyoto)

Un des bâtiments est en complète rénovation, c’est très impressionnant11 - Un des bâtiments est en complète rénovation, c'est très impressionnant

Temple Nishi Hongan-ji (‘Nishi’ signifie ‘ouest’) – Un arbre magnifique et imposant12 - Temple Nishi Hongan-ji ('Nishi' signifie 'ouest') - Un arbre magnifique et imposant

Autre arbre magnifique du Nishi Hongan-ji13 - Autre arbre magnifique du Nishi Hongan-ji

Lanterne à l’intérieur du temple14 - Lanterne à l'intérieur du temple

La kamo-gawa (rivière kamo), traversant Kyoto de Nord en Sud – Kyoto est une ville entourée de montagnes15 - La kamo-gawa (rivière kamo), traversant Kyoto de Nord en Sud - Kyoto est une ville entourée de montagnes

Jardin de mousses dans le quartier de Gion16 - Jardin de mousses dans le quartier de Gion

Quartier de Gion la nuit – rues pavées, lanternes, Geisha – J’habite à 2 minutes de ce quartier (une situation géographique décisive dans mon choix d’appartement)73747_1687029096774_3893212_n

 

Entre deux séries de photographies de temples et de jardins, je vous livre juste une remarque que je me suis faite en visitant de nombreux musées au Japon : beaucoup de Japonais font le tour des collections au pas de courses, et parfois même ne regardent que les titres des œuvres. Personnellement, j’aime prendre le temps de regarder un tableau, une céramique,… et je prends beaucoup de plaisir à les contempler de près, de loin, sur le côté, en pensant uniquement aux couleurs, aux émotions, à la technique,…

Nombreuses sont les personnes qui marchent sans jamais s’arrêter, qui passent dix secondes à lire les informations et deux secondes à jeter un coup d’œil pour vérifier que ça ressemble bien à ce qui est décrit, ou qui vérifient si la liste des œuvres distribuée à l’entrée est bien exacte. Je n’ai pas vraiment souvenir de cela en France, bien qu’il se passe probablement la même chose partout dans le monde, mais je suis tout de même impressionné par le nombre de Japonais dans leurs propres musées, ainsi que par la vitesse à laquelle ils effectuent les visites !

Pour ma part, je prends toujours les temps de me consacrer à chaque œuvre à moins qu’elle ne me déplaise fortement, comme lors du Festival traditionnel des Âges de Kyoto (Jidai matsuri – 時代祭). C’est un défilé de personnes en costumes traditionnels, commençant par des costumes de la moitié du 19ème siècle puis remontant les années jusqu’à la fin du 8ème siècle. Il y aura très bientôt un document spécial des photos que j’ai prises pendant tout le défilé.

Un temple dans la rue Niomon (rue de la porte des dieux)1 - Un temple dans la rue Niomon (rue de la porte des dieux)

L’automne est une saison magnifique à Kyoto2 - L'automne est une saison magnifique à Kyoto

Le jardin Murin-an4 - Le jardin Murin-an

Lac au fond du jardin5 - Lac au fond du jardin

Un chemin typique des jardins japonais6 - Un chemin typique des jardins japonais

Erables japonais (momiji) sous le soleil d’automne7 - Erables japonais (momiji) sous le soleil d'automne

La maison de thé du jardin8 - La maison de thé du jardin

Salon occidental du jardin – célèbre pour une conférence des ministres japonais avant le conflit Russo-japonais (Avril 1903)10 - Salon occidental du jardin - célèbre pour une conférence des ministres japonais avant le conflit Russo-japonais Avri~1

Grande pièce japonaise typique11 - Grande pièce japonaise typique

 

En ce début de novembre, le beau temps est revenu, accompagnant la fraicheur matinale de ses doux regards ensoleillés et berçant les nuits dans sa couverture étoilée. Les érables rougissent devant tant de regards, les châtaigniers sont tristes car on ne les regarde plus que pour leurs fruits et non pas pour ce qu’ils sont, de grands arbres sages et sereins, et les saules pleureurs trouvent un réconfort dans le sourire de leurs feuilles : connaissez-vous un autre arbre qui se pencherait autant pour que ses propres feuilles chutent de moins haut l’automne venu ?

Le mois de novembre est la période idéale pour aller visiter les temples en pleine nature et les jardins japonais. Les arbres se dénudent et les hommes s’emmitouflent, la nature s’offre à l’hiver et nous nous en protégeons, les fleurs disparaissent progressivement et nous compensons leur absence par des décorations citadines diverses et variées. L’homme ressent le besoin de chaleur, l’envie d’être proche des siens. Nous nous regroupons à l’intérieur, nous rapprochons, nous serrons les uns contre les autres, nous activons autour d’un même feu, nous sédentarisons. Autant l’été semblait être une fuite, autant l’hiver qui approche m’apparaît comme un retour au foyer, dans le sens de famille comme de feu.

Ce sera la première fois que je ne passerai pas les fêtes de fin d’année avec mes parents et mon frère. Je n’ai jamais porté trop d’importance aux dates exactes, à mes anniversaires ou fêtes, aux nombreuses célébrations de notre calendrier. Un anniversaire n’est après tout qu’un jour de plus, comme tous les autres jours, et beaucoup de fêtes françaises sont d’origine catholique et n’ont donc pas de réel sens à mes yeux. Mais cette période a toujours été pour moi synonyme de retour aux sources, de moments et de repas partagés avec ceux qui me sont proches, de sincérité et de simplicité.

Ne vous inquiétez pas, j’ai des amis, des familles d’accueil, des colocataires avec qui partager ces moments, et je compte bien profiter au maximum de l’hiver au Japon, en espérant voir quelques paysages sous la neige. J’aurai tout le temps de profiter de ma famille à mon retour, et je n’ai pas attendu Noël ou le Jour de l’an pour dire à mes proches qu’ils me manquent et que je les aime. Mais comme chaque année à l’approche de décembre, je ressens simultanément cette petite pointe de nostalgie hivernale et cette excitation avant les fêtes de fin d’année au goût de marrons chauds et de clémentines… Quels que soient vos malheurs, courage, l’hiver est parfois difficile mais une nouvelle année vaut toujours le coup d’être vécue !

Les kanjis forment le mot hônô signifiant offrande religieuse5 - Un touriste

Un lac situé à la moitié de l’ascension8 - Un lac situé à la moitié de l'ascension

Un des symboles récurrents des sanctuaires – le renard9 - Un des symboles récurrents des sanctuaires - le renard

Une scène de théâtre ancienne10 - Une scène de théâtre ancienne

Symbole bouddhiste (la croix est inversée)1 - Symbole bouddhiste (la croix gammée est inversée)

Le jardin d’un temple en pleine ville3 - Le jardin d'un temple en pleine ville

Cuisine au nabe (nom du plat de cuisson) – cuisine d’hiver délicieuse73631_1687032176851_6050749_n

 

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