Samedi 27 Novembre

Tetsugaku no michi – « Le chemin de la philosophie » – Une promenade pour la réflexion1 - Tetsugaku no michi (Le chemin du philosophe) - Une promenade pour la réflexion

Maison particulière sur le bord du chemin2 - Maison particulière sur le bord du chemin

Petit monument au même endroit3 - Petit monument au même endroit

Jardin du temple Eikando5 - Jardin du temple Eikando

Vue magnifique sur le lac de l’Eikando7 - Vue magnifique sur le lac de l'Eikando

Statue de divinité bouddhiste8 - Statue de divinité bouddhiste

Passage d’escaliers en bois reliant les temples11 - Magnifique passage

 

Kyoto est sans nul doute la plus belle ville que j’ai eu l’occasion de connaître. Certes, je n’ai jamais véritablement voyagé auparavant et je porte dans mes bagages ma seule expérience de vie au Japon depuis maintenant neuf mois ; mais je peux affirmer que Kyoto est une ville absolument extraordinaire, pleine de charme et d’endroits idylliques, une grande ville proche de la nature, entourée par les montagnes vierges de toute habitation, animée par les traditions et par une population agréable et ouverte (mis à part mon chef au travail !).

Comme vous pourrez le voir avec les photographies de cet article, nous sommes entrés ici dans la période des érables rouges, les momiji, un véritable phénomène au Japon. Les gens viennent de partout à Kyoto uniquement pour voir ces arbres magnifiques et prendre des dizaines de clichés devant l’un de ces Dieux enracinés éphémères. En novembre à Kyoto, aller en visite un week-end est synonyme de prendre un bain de foule et de circuler au milieu des flashs, des groupes d’écoliers-collégiens-lycéens, et des vendeurs de spécialités de toutes sortes.

Deux de mes grands plaisirs ici sont de me rendre dans les montagnes entourant Kyoto et de circuler à vélo le long de la Kamogawa (rivière Kamo) ainsi que dans les petites ruelles traditionnelles. Les montagnes abritent une végétation luxuriante et colorée, et sont l’emplacement de prédilection des plus beaux temples et jardins de la ville. La rivière traversant Kyoto de Nord en Sud est la plupart du temps ensoleillée et joyeuse, animée par les nombreux oiseaux et promeneurs, et les ruelles regorgent de belles maisons en bois et de magasins de toutes sortes. Si vous aimez flâner le nez en l’air à l’affut de beautés discrètes traditionnelles, vous pourriez passer votre vie à vous promener dans Kyoto sans vous ennuyer une seule fois.

Il y a tellement de rues, de temples, de jardins, d’endroits sublimes dignes d’intérêt qu’il m’est presque impossible de conseiller les visiteurs qui me demandent mon avis. J’ai beau être allé dans les endroits les plus célèbres, avoir visité la plupart des musées, et m’être promené à vélo des dizaines de fois en ville, je découvre chaque jour de nouveaux endroits plus beaux les uns que les autres. Il n’y a peut-être qu’une seule bonne façon de visiter Kyoto : ne rien prévoir et se laisser envouter par l’atmosphère chaleureuse et excitante de la vie japonaise.

Aujourd’hui je parlerai peu, et laisserai les photographies s’exprimer à ma place. En ce mois de novembre, dans les rares temps libres laissés par mon travail, je suis allé voir les momiji, et j’ai laissé mon esprit vagabonder parmi les feuilles rougeoyantes. Que dire de plus que ce que racontent toutes ces couleurs, tous ces merveilleux bâtiments anciens imposants ? Dans des endroits comme ceux-ci, il faut savoir tout poser à côté et laisser uniquement son regard se perdre et contempler le paysage. Quelle importance peut avoir le monde qui nous entoure lorsque sous nos yeux repose une si belle mélodie visuelle ?

 

Arrivée à Arashiyama (« montagnes de la tempête »), partie ouest de Kyoto1 - Arrivée à Arashiyama (montagnes de la tempête), partie ouest de Kyoto

Grand pont traversant la rivière et menant aux montagnes2 - Grand pont traversant la rivière et menant aux montagnes

C’est la période des momiji, les érables qui rougissent en automne4 - C'est la période des momiji, les érables qui rougissent en automne

Daruma (nom japonais du Bodhidharma), statuette pour les vœux6 - Daruma (nom japonais du Bodhidharma), statuette pour les voeux

Les pierres, toujours aussi belles et importantes au Japon8 - Les pierres, toujours aussi belles et importantes au Japon

Lac du temple Tenryû-ji9 - Le même lac sans les touristes

Ruisseau un peu plus loin11 - Même ruisseau un peu plus loin

Lac du Tenryû-ji14 - Lac du Tenryûji

Au milieu des temples, une boutique de portraits … avec Jean Reno … assez incongru, non ?15 - Au milieu des temples, une boutique de portraits ... avec Jean Reno ... assez incongru,non

Maison d’un disciple de Matsuo Bashô, célèbre maître d’haiku16 - Maison d'un disciple de Matsuo Bashô, célèbre maître d'haiku

17- Même maison

18 - Même maison

Porte aux érables22 - Deuxième porte aux érables

Un érable vraiment rouge dans la colline23 - Un érable vraiment rouge dans la colline

Vues du magnifique jardin de mousses du Giô-ji25 - Même jardin

26 - Une vue magnifique du jardin

Grande porte en pagode à deux étages28 - Grande porte en pagode à deux étages

Statues chinoises dans un temple voisin29 - Statues chinoises dans un temple voisin

 

Lorsque je rentre du travail le soir, je laisse mon vélo vagabonder lentement le long de la rivière et des rues gastronomiques de Kyoto. La vie nocturne de cette ville est animée, musicale et populaire, toujours agréable. Rien à voir avec, par exemple, les soirées toulousaines, théâtre de beuveries, cris, bagarres, etc.

Il y a un an et demi, aller au Japon était encore un rêve. Je savais que j’irai voir ce pays qui m’attirait depuis des années, qu’un jour je monterai dans l’avion et me dirai : « Dans quatorze heures, tu atterris dans ton utopie ». Et là, chaque soir après le travail, je passe trente minutes dans les rues de Kyoto, traversant le quartier traditionnel et croisant des maiko.

En réalité, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à la chance que j’ai d’être ici. Maintenant, sortir et être en dix minutes au centre-ville de Kyoto, dans les plus fameux temples du Japon, ou devant la maison d’une geisha est si simple et si normal… Certaines personnes n’y pensent pas du tout et parlent toujours de regarder droit devant, d’aller vers le futur. Eh bien j’avoue que je perds du temps, chaque jour. Je prends le temps de me dire que je vis des moments inoubliables, exceptionnels, que j’ai cette chance de pouvoir poser mon regard sur ces si nombreuses merveilles, que la sensation d’être là, ici et maintenant, est irremplaçable.

Je ne peux m’empêcher de toucher le bois des portes des temples, les feuillages des arbres, les pierres des jardins, de regarder les gens, leurs habits, leur démarche, leurs réactions. J’ai repensé à cette sensation récemment, et je me suis dit que cela devait être à peu près la même sensation que d’être papa (ou maman). Pour tous les autres, quoi de plus normal que d’avoir un enfant et de l’élever, mais je pense que lorsqu’on est parent, on ne se lasse jamais de voir son enfant se réveiller ou s’endormir, marcher à ses côtés,… Pour les autres, ce n’est rien que des moments banals, mais pour vous, c’est chaque jour une nouvelle merveille. J’ai cette impression avec ma vie à Kyoto : chaque jour, je me rends compte de la chance que j’ai de vivre ici.

C’est pourquoi je retourne plusieurs fois dans les mêmes endroits. Chaque jour, ma perception du lieu et la sensation qui en émane est différente. Certains ne comprennent pas cela, mais le pratiquent pourtant dans la vie de tous les jours avec les êtres humains. Pourquoi ces gens prennent-ils du plaisir à voir les mêmes personnes régulièrement puisqu’il s’agit après tout des « mêmes personnes » ? Je suis intimement persuadé qu’il en est de même pour les arbres, les pierres, les maisons, les animaux, les instants, les silences : ils sont tous vivants. Je vous entends déjà rire malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent, mais je ne change pas d’avis. Pourquoi sont-ils vivants ? Parce que je leur donne un sens, parce que je ne me considère pas plus important qu’eux, parce que depuis que j’ai entrepris ce voyage au Japon, je comprends que le respect commence par reconnaître l’intérêt de chaque chose, humaine ou pas, visible ou non, vivante ou non-perçue comme telle. Je ne parle pas à une pierre, mais je suis heureux qu’elle soit là, au moment où moi-même je me trouve là, car elle embellit ma vision, et par la même occasion mon existence. Croyant, Mystique,… ? Non, simplement heureux d’être là et, comme je l’ai déjà écrit et comme se plait  à le dire très justement mon Directeur de recherches, être là, ici et maintenant. Je n’imaginais pas à quel point il pouvait avoir raison…

 

Vue sur Kyoto1 - Vue sur Kyoto

Végétation du Kiyomizu-dera2 - Végétation du Kiyomizu-dera

Bâtiment principal du Kiyomizu-dera3 - Bâtiment principal du Kiyomizu-dera

Kiyomizu-dera4 - Kiyomizu-dera

La particularité de ce temple, que du bois, pas de métal, fer, chevrons…5 - La particularité de ce temple, que du bois, pas de métal, fer,...

Temple Byodo-in, dans la ville d’Uji (Ville du livre le ‘Dit du Genji’, le plus vieux roman au monde)1 - Temple Byodo-in, dans la ville d'Uji (Ville du livre le 'Dit du Genji', le plus vieux roman au monde)

Partie de droite2 - Partie de droite

Partie de gauche3 - Partie de gauche

La végétation d’automne de Kyoto6 - La végétation d'automne de Kyoto

4 - Devant les momiji, les érables rouges

Byodo-in7 - Byodo-in

Vue prise du pont d’Uji, le plus ancien du Japon10 - Vue prise du pont d'Uji, le plus ancien du Japon

 

 Les photographies que vous venez de voir sont celles de deux des plus célèbres temples du Japon, le Kiyomizu-dera et le Byodo-in. Le premier est célèbre pour sa méthode de construction sans métal (uniquement en bois), et le second est un des plus anciens du Japon, connu pour son « Hall du Phénix ». De plus, ce sont des lieux renommés pendant la période des momiji, donc « surpeuplés » en novembre. Le train local qui s’arrête à la ville d’Uji, où se trouve le second de ces deux temples, était bondé le week-end dernier : on aurait dit un jour de grève SCNF en France !

Dans ces conditions, il est difficile de ressentir l’atmosphère réelle d’un tel bâtiment, d’imaginer le poids des années sur les fondations, et de retenir sa respiration sous le regard inquisiteur de sculptures vieilles de plus de mille ans. Par contre, on comprend parfaitement la différence entre un temple (bouddhiste) et un sanctuaire (shintoïste) au Japon. Les grands temples ont toujours de nombreuses richesses, d’immenses décorations brillantes, un prix d’entrée et des heures d’ouverture. Les sanctuaires n’ont pas de portes, donc pas d’horaires, et sont le plus souvent partie intégrante de la nature, préférant le matériau brut aux riches décorations.

Malgré le grand nombre d’étrangers et touristes à Kyoto, il est étonnant de voir que la majorité des personnes en visite sont des Japonais. Les Japonais cultivent une grande passion pour les visites des lieux célèbres, prenant des photos d’eux devant les plus réputés des endroits et allant de l’un à l’autre à une vitesse incroyable. Ils achètent les spécialités vendues sur place, et passent souvent plus de temps à lire ou à écouter les explications plutôt qu’à regarder avec leurs propres yeux ce qui se trouve devant eux, comme si l’histoire et la célébrité comptait finalement plus que l’objet ou l’endroit lui-même.

Depuis peu, les gens pensent d’abord à se photographier devant le lieu célèbre. Je n’ai jamais vraiment compris cela. Est-ce une façon de dire : « Regardez, j’y étais vraiment, vous êtes jaloux ? », d’affirmer son égo comme la chose la plus importante du monde ? Mais vous vous connaissez déjà très bien, et les autres aussi, donc quel intérêt d’avoir une photographie de soi en premier plan, puisqu’il suffit aux autres de lever les yeux pour vous voir, que vous vous voyez tous les jours dans un miroir, et que l’on râle toujours car on ne se trouve jamais bien sur les photographies ? Une fois l’ordinateur éteint, que reste-t-il dans vos souvenirs de l’endroit que vous avez vu … puisque vous lui tourniez le dos pour la séance photo ?

Sur ces quelques questions inintéressantes, je vous laisse avec quelques clichés de pâtisseries normandes,… et de moi, puisqu’on m’en demande à chaque fois ! Comment ça, je me contredis ?!!

Soirée gâteaux normands au restaurant où je travaille150538_1727181500559_3375209_n

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Stand crêpes-boissons à l’Institut (où se trouve le restaurant – on dirait que je suis serveur en France, non ?)74837_1727177260453_1514841_n

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