« Aniki » signifie « grand frère ». Ce mot est utilisé dans la famille comme dans des organisations ou entre personnes proches, avec une connotation de hiérarchie. C’est un mot utilisé notamment par les yakuza, la mafia japonaise, pour désigner la personne supérieure après le parrain (oyabun) et ses lieutenants proches.

La particularité des yakuza réside dans sa pratique acceptée par le gouvernement pendant de longues années. En effet, après la seconde guerre mondiale, les mafias étrangères tentent de s’implanter au Japon pour bénéficier du marché noir très présent avec les soldats américains. Les mafias locales sont donc acceptées pour contrer celles-ci, mais aussi comme une sorte d’autorité de proximité quasi toute-puissante tant qu’elle respecte ses codes (honneur, se livrer à la police après un meurtre, ne pas tuer de personnes en dehors des mafieux,…) et régule le crime.

aniki3Le personnage d’Aniki est un yakuza violent et brutal, silencieux, à l’ancienne. Son oyabun tué, ses collègues vont intégrer une autre famille, chose qu’il refuse : c’est pourquoi il est menacé de mort. Il part aux Etats-Unis rejoindre son frère, dealer de basse échelle avec des amis Afro-Américains, et fonde un petit empire yakuza avec eux grâce à son expérience et à sa violence. On y suit alors l’évolution de cette mafia multi-ethnique à la fois inexpérimentée et joyeuse, oscillant entre crime violent pour s’agrandir et parties de basket dans leur local.

anikiLe film est à la fois magnifique et terrible, plein d’effusions de violence soudaine mais aussi rempli de fraternité, de bonne humeur, de rire. La mafia que créé Aniki est faite de personnes différentes, et malgré les premières oppositions qui peuvent naître, tous s’apprécient au final comme dans une vraie famille. On ne peut oublier le personnage de Kato, lieutenant d’Aniki dévoué à la mort et pourtant parfois tourné au ridicule (joué par l’excellent Susumu Terajima que l’on retrouve dans de nombreux films de Kitano), ou encore le duo Aniki-Denny, avec un Aniki tricheur, rusé, amuseur, qui se joue de la crédulité de Denny (très bon Omar Epps) à différents jeux.

aniki2Cette histoire est magnifiquement mise en relief par la musique mélancolique de Joe Hisaichi (compositeur des anime d’Hayao Miyazaki, et de Takeshi Kitano jusqu’en 2003), et nous touche par son regard humaniste porté sur les différents personnages malgré le milieu sanglant et sans pitié des yakuza. De nombreux passages dévoilent le quotidien de ce monde mafieux si particulier, montrant certains rites (introduction, repas, excuses, cérémonie, saluts,…) avec précision. Le montage tour-à-tour contemplatif puis brusque nous entraîne et suit Aniki, un personnage inoubliable, un des meilleurs Kitano !

 

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