recoinSuzu est une jeune fille distraite et originale, passionnée de dessin et de peinture, qui grandit dans une famille de cultivateurs d’algues à Hiroshima dans les années 30. Poussée au départ par un mariage arrangé avec un homme qu’elle ne connaît pas, elle doit partir à Kure, ville voisine qui est un port militaire important, port d’attache du plus grand cuirassé au monde, le Yamato. Elle y découvre sa belle-famille avec qui elle va devoir vivre, et s’attelle aux taches quotidiennes sous les incessantes alertes aériennes de la période de guerre.

recoin2Je n’avais pour ma part jamais entendu parler de Sunao Katabuchi, très discret dans ses peu nombreuses réalisations et inconnu du grand public, mais cet anime est un véritable coup de coeur! Le dessin est magnifique dans son mélange de styles, avec un caractère plutôt enfantin qui allège le propos (apparemment proche du dessin du manga dont est tiré l’histoire), des passages aux couleurs de Suzu, et une scène de bombardement virtuose en noir et blanc. La musique, par la chanteuse pop Kotoringo, sait être discrète tout en accompagnant les sentiments de la jeune femme.

recoin3

Mais le plus grand intérêt de cet anime, qui en fait une œuvre importante d’un point de vue historique, c’est qu’elle est d’un réalisme et d’une authenticité admirable, et c’est également un témoignage d’une période souvent occultée de l’histoire japonaise. Bien que nous suivons Suzu et ses rêves, sa vision colorée, sa vie de personne normale qu’elle s’évertue à mener en faisant de son mieux et en protégeant ceux qu’elle aime, Sunao Katabuchi nous entraîne dans un sujet supérieur qui est la vie quotidienne des Japonais du début des années 30 jusqu’à la fin de la guerre, avec une grande précision suite à un immense travail de recherche. En effet, les quartiers d’Hiroshima sont très exactement représentés, comme le Yamato, le temps qu’il faisait et les dates précises des évènements, les vêtements, les distributions de nourriture, les activités quotidiennes, la police militaire, le discours de reddition de l’empereur, la marque de chocolat,… Cette partie de l’histoire n’est pas véritablement enseignée au Japon, et la vie quotidienne de toutes ces personnes mérite d’être racontée aux plus jeunes. Avec un regard bienveillant et féministe, le réalisateur guide la jeune Suzu dans son apprentissage de la vie, et nous montre à tous comment ces personnes normales ont trouvé leur place et leur rôle dans le quotidien de la guerre, comment elles l’ont subie et vécue bien plus que les dirigeants qui la faisait bien loin de la réalité. En plus d’avoir réalisé un anime plus que magnifique, Sunao Katabuchi livre un document essentiel et incontournable, à voir absolument!

Publicités