Zatoichi est un personnage très connu au Japon, car héros d’une série de 26 films (principalement dans les années 60) puis d’une série pendant quatre saisons (au cours des années 70) avant d’être repris par Takeshi Kitano en 2003, qui va s’approprier son histoire avec une créativité et un élan formidable pour en faire un grand divertissement riche et brillant.

Le personnage de Zatoichi est un masseur aveugle itinérant, ancien yakuza allant de village en village et se trouvant confronté à la misère des paysans et des villageois dans une période (fin de la période d’Edo 1603-1868) où la famine prédomine et les gangs règnent en maîtres. Il traîne dans le milieu des yakuza dont il fréquente les maisons de jeux, mais défend les opprimés grâce à son talent unique de sabreur. Le nom de Zatoichi est la contraction de deux mots, zatô signifiant aveugle (le plus bas dans la caste des aveugles) et ichi étant son nom, soit Ichi l’aveugle. A la période d’Edo, de nombreux non-voyants se rasaient et pratiquaient la musique, les massages, l’acupuncture,… de façon itinérante.

zatoichiDans le film de Takeshi Kitano, Zatoichi est un remarquable sabreur dissimulant son épée dans sa canne d’aveugle. Silencieux avec un rire gêné comme principale réplique, il joue aux dés et gagne systématiquement grâce à une ouïe très fine. Zatoichi arrive dans une ville ou Ginzo, chef mafieux, règne grâce à la violence et la terreur, aidé par un ronin talentueux (Tadanobu Asano, comme souvent très charismatique).

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Il y rencontre un bon à rien malchanceux en tout, notamment au jeu (Taka Guadalcanal, acteur comique japonais très connu) et deux geisha qui vendent leurs services mais se révèlent aussi dangereuses que séduisantes. En effet, il s’agit d’une femme et de son frère déguisé en femme, cherchant à venger leur famille assassinée lorsqu’ils étaient encore enfants (le frère est interprété jeune par Taichi Saotome, danseur et artiste très célèbre au Japon pour sa maîtrise de la danse, notamment dans les rôles d’onnagata – rôles de femme joués par un homme dans le kabuki). Tous ces personnages se retrouvent mêlés dans une histoire aux nombreux rebondissements pour un final crépusculaire et surprenant.

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Le génie de ce film réside dans la faculté de Takeshi Kitano à rendre l’histoire tour à tour drôle, violente, émouvante, incisive ou contemplative, burlesque, tout en insérant de nombreux éléments très divers, mais sans perdre le fil de l’histoire malgré tout. Il y a par exemple le jeune et gros paysan qui rêve de devenir soldat et qui ne fait que courir en hurlant autour des maisons, personnage de comique de répétition. Les laboureurs et charpentiers qui s’adonnent à la polyrythmie à la façon de Stomp et qui permettent de distraire le spectateur tout en le plongeant dans le personnage de Zatoichi, aveugle qui se guide avec les sons. Le bon à rien qui est toujours derrière l’action pour apporter un brin de légèreté et d’absurdité. On sent la polyvalence de Takeshi Kitano, acteur, réalisateur, comique, présentateur, écrivain, peintre, qui réussit à intégrer des éléments surprenants et particuliers (danses traditionnelles et polyrythmies) de très bonne qualité grâce à un casting japonais de haut niveau, et qui créé un univers unique pour un film d’époque plein et divertissant.

 

 

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