7 samouraisDans le Japon médiéval des guerres de clans, un village de paysans est, comme beaucoup d’autres, pillé régulièrement par un groupe de bandits. Un des habitants surprend les bandits en train de parler de leur prochaine attaque, après les moissons. Lorsque les villageois choisissent de tout abandonner aux bandits lorsqu’ils viendront, l’ancien du village décide de faire appel à des samouraïs pour les protéger. Mais comme ils sont pauvres, il va charger quatre villageois de trouver des ronin (samouraïs sans maître) qui seraient prêts à combattre pour seulement deux repas par jour. Après de nombreuses déconvenues et prêts à renoncer, ils assistent à une scène incroyable : un samouraï se rase le crâne (le chignon mage étant un signe important de condition sociale) et revêt un habit de bonze pour aller sauver un enfant pris en otage par un bandit. Face à l’insistance et le sacrifice des paysans, il accepte de les aider, et se lance dans le recrutement de six autres samouraïs pour aller défendre le village.

(pour plus de précisions et d’explications sur Kurosawa, n’hésitez pas à lire les articles issus de mon mémoire)

7 samourais2Bien sur, ceci n’est que le début et qu’une partie de l’histoire. Car le génie d’Akira Kurosawa est son perfectionnisme en toute chose et son intransigeance par rapport à celui-ci. Pour écrire le scénario du film, il s’entoure de Shinobu Hashimoto et d’Hideo Oguni, deux de ses plus fidèles scénaristes, et ils s’enferment tous les trois de nombreuses semaines pour écrire une histoire principale, des histoires annexes qui ne cassent pas le rythme du récit, pour décrire chacun des samouraïs et qu’ils représentent chacun un des aspects du bushido (code d’honneur des samouraïs), pour définir le lien des villageois entre eux, etc. Aux six samouraïs, ils rajoutent un septième personnage fantasque et imprévisible, Kikuchiyo (peut-être le plus grand rôle de Toshirô Mifune), le paysan voulant devenir guerrier, tour à tour fanfaron, bon à rien, courageux, gênant, nécessaire. Et ce septième samouraï, qui n’en est pas un, devient le personnage le plus important de l’histoire, car il fait le lien entre les castes si différentes des samouraïs et des paysans, en intervenant pour débloquer les incompréhensions avec humour ou dureté, et en cristallisant les méconnaissances des uns sur les autres.

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Le film devient alors une histoire universelle où l’humain dans ses qualités et ses défauts est seulement humain, et Akira Kurosawa pose un regard de tendresse sur ces êtres exclus de la société à cette période du Japon. Il décrit le décor de cette époque avec précision et vérité, et en fait ressortir les particularités en créant un échange entre les différentes castes du peuple, un récit humaniste au sein d’un film d’époque et de guerre, un véritable renouveau du jidai-geki (genre de film historique) et du chanbara (genre de film de sabre) qui inspirera de nombreux réalisateurs par la suite. En plus de cette perfection du scénario, Akira Kurosawa réalise des prouesses au montage, des nouveautés techniques (comme l’utilisation de longues focales pour les actions dans des paysages lointains ou la prise de vue simultanée à trois caméras), un réalisme des combats, un rythme fascinant malgré la diversité des éléments. Il gère parfaitement ses acteurs et laisse une autonomie fascinante à Toshirô Mifune, fait appel à Fumio Hayasaka pour une partition mémorable, tout cela dans une épopée de tournage qui dura un an au milieu de petits villages éloignés, des routes de montagnes escarpées, des conditions météorologiques difficiles, pour le plus gros budget dans l’histoire du film japonais, et son plus gros succès de l’époque. Pour moi, c’est un des trois plus grands films de l’histoire du cinéma !

 

 

 

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