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Vladimir Arseniev est un officier-topographe russe, explorant la Sibérie Orientale pour cartographier cette petite partie de la Russie coincée entre le Nord de la Chine et la Mer du Japon. Lors d’une expédition dans laquelle son régiment semble en difficulté, il fait la rencontre d’un petit bonhomme bien étrange : Dersou. Ce chasseur autochtone (du groupe ethnique « golde ») vit de la chasse grâce à une qualité de tireur hors pair et à sa connaissance de la nature qui l’entoure. Dersou sauvera plusieurs fois Vladimir Arseniev et ses hommes, et sera leur guide dans leur mission d’exploration. Une amitié inédite et sincère va naître de cette rencontre entre un explorateur Russe citadin et un chasseur nomade d’Extrême-Orient.

dersouComment pourrait-on oublier le personnage de Dersou ? Quand Akira Kurosawa vit rentrer Maksim Mounzouk au casting de ce rôle, il s’écria d’un coup : « C’est Dersou », et il insista auprès des producteurs réticents pour le prendre. Dersou a un destin solitaire et tragique : sa femme et son fils ont été emportés par la variole, il vit en marge d’une ethnie minoritaire, et les difficultés liées à son âge vont retourner la nature contre lui. Cette amitié représentera à elle seule l’évolution du monde au début du XXème siècle, Arseniev étant la civilisation qui avance sur la nature, responsable du malheur de personnes comme Dersou tout en croyant les aider. En effet, lorsque Dersou perd la vue, Arseniev l’emmène chez lui en ville, et Dersou y découvre toutes les absurdités de ce nouveau monde, et exprime son incompréhension face à ce système qui oblige à payer pour ce que la nature offre pourtant gratuitement et impose des règles à l’encontre de la liberté de chacun. Et Dersou est finalement retrouvé mort, probablement tué à cause du fusil neuf qu’Arseniev lui a offert comme cadeau d’adieu… Tout est déjà résumé dans la scène inaugurale du film : Vladimir Arséniev cherche la tombe de Dersou dans une forêt, mais à cet endroit une nouvelle ville est en construction. La civilisation avance sur la taïga et recouvre la tombe de Dersou, avalé avec la Nature par ce monstre affamé.

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Vladimir Arseniev et Dersou ont véritablement existé. Le film est tiré du journal de l’explorateur qui conte son aventure et ses rencontres avec Dersou, et transcrit comment cet étonnant personnage a influencé tout son groupe par sa relation avec la nature. Les scènes où Dersou parle au vent, à l’eau, au tigre, et où il démontre un altruisme et une prévenance pour des inconnus qu’il ne rencontrera peut-être jamais sont marquantes et magnifiques. Les grands plans de la taïga et des forêts subliment le film, et le soleil nous observe dans ce milieu glacial et hostile, annonciateur des évènements prochains.

Après l’échec de Dodes’kaden, le premier film en couleur d’Akira Kurosawa dans lequel il s’était énormément impliqué, suivi d’une tentative de suicide ratée, le réalisateur a dû attendre l’appel de producteurs étrangers pour se lancer dans ce nouveau film. Il nous offre alors un film splendide et inoubliable, et une belle amitié au destin tragique : Dersou meurt comme expliqué précédemment, et Vladimir Arseniev sera plus tard accusé d’intelligence avec l’ennemi à cause de ses rencontres, mourra en mission, sa femme sera exécutée et sa fille internée pendant 15 ans. Ce film est également un hymne à la nature, où Dersou est un professeur pour les autres, singulier et sévère, mais protecteur. Et le spectateur sort de ce film avec en tête pour longtemps les sourires des inoubliables « Dersou » et « Capitan » !

 

Les véritables Vladimir Arseniev et Dersou Ouzala

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