La narratrice est une jeune femme célibataire, mère d’un petit garçon et femme de ménage dans une agence d’intérim. Plutôt douée avec les clients maniaques et désagréables, on l’envoie chez une vieille femme qui a renvoyé un grand nombre de femmes de ménage auparavant. Là-bas, elle découvre son nouveau travail : faire le ménage, la lessive, la cuisine,… pour un ancien professeur de mathématiques dont la mémoire s’efface au bout de quatre-vingts minutes. Cet homme étrange, victime d’un accident responsable de ce handicap dans les années 70, porte toujours un vieux manteau avec de nombreuses notes en tout genre accrochées pour pallier à sa mémoire défectueuse. Il entretient une relation d’amour avec les nombres, et derrière son apparence intrusive (il demande d’entrée à quelqu’un sa date de naissance, sa pointure, etc.) il les utilise comme moyen de communication avec les gens qui l’entourent. Animée de curiosité et d’une forte volonté de servir au mieux le professeur, cette jeune femme va découvrir la beauté des mathématiques grâce aux explications du vieil homme malgré chaque jour un éternel recommencement de leur relation. L’arrivée du fils de la femme de ménage, de suite adopté par le professeur et surnommé Root à cause de sa tête plate ressemblant à une racine carrée, va compléter ce nouveau trio qui deviendra comme une famille, et chacun des membres y trouvera ce qui lui manque pour accéder à une vie passionnante et agréable.

L’histoire est réellement magnifique, contée par Yôko Ogawa avec douceur et passion, comme une déclaration d’amour à la famille, à la filiation, au temps passé ensemble qui surpasse de loin les problèmes et difficultés de chacun. Le professeur, au départ perçu comme la personne que l’on doit aider, s’avère être finalement celui qui enseigne le plus aux autres malgré ses défaillances et son humeur particulière à laquelle il ne peut rien. S’il s’avère être un génie et un excellent pédagogue, sa relation si sincère et touchante avec le fils de la femme de ménage mettra en relief l’essentiel des relations familiales et permettra à cette jeune mère célibataire de comprendre à quel point son fils est précieux et doit passer avant toute autre chose, même le travail. Les mathématiques deviennent poésie et nous nous prenons à suivre et chercher en même temps que la narratrice, à jongler entre les nombres entiers et les statistiques de base-ball avec entrain et curiosité, à nous émerveiller devant la beauté de nombres reliés qui forment un lien unique entre les membres de ce trio pour le moins original. Malgré quelques longueurs dans la dernière partie du livre, la simplicité du style, la bienveillance de l’auteure, et les personnages atypiques mais attachants font de ce livre un oasis de bonheur que l’on aura du mal à quitter !

 

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