Junichirô Tanizaki est un écrivain unique, toujours en dehors des tendances littéraires, jamais engagé politiquement. Avec une écriture percutante, il décrit l’esthétique japonaise au travers d’objets et accessoires du quotidien et de la matière dont ils sont faits. Ses points de vue sont étonnants mais convaincants, sans jamais se détacher d’une ironie provocante et d’un humour avéré.

Par exemple, son éloge des lieux d’aisance japonais d’autrefois est à la fois très intéressante et particulièrement drôle dans les qualificatifs utilisés et l’importance qu’il leur donne. Ainsi, c’est la construction de ces toilettes de jadis qui a porté l’architecture japonaise « aux sommets du raffinement« , et l’on éprouve en y étant « une émotion qu’il est impossible de décrire« .

Mais ceci mis à part, l’étude de la lumière et de l’ombre comme fondement d’opposition entre la tradition japonaise et la nouveauté apportée par l’Occident est tout à fait brillante. Les passages expliquant le raffinement de l’ombre des pièces japonaises par l’utilisation des paravents, shôji, etc. menant au summum de la beauté qu’est le tokonoma sont extrêmement intéressants. Sans nier l’aspect pratique qui a imposé l’obscurité dans la maison japonaise (les fortes pluies obliques ont forcé les architectes à faire des avancées de toiture pour protéger les murs, créant ainsi une obscurité naturelle), Junichirô Tanizaki explique comment les Japonais ont ainsi découvert les propriétés de l’ombre et jouent avec ses nuances, se servant ainsi de l’or à sa juste valeur et utilité. Tout comme son auteur, cet ouvrage, très abordable et facile à lire, est unique et indispensable pour tous les curieux et passionnés du Japon.

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