025Yumiko vit à Londres depuis dix ans. Elle y est graphiste dans une entreprise sympathique montée avec des amis, et future mariée avec Mark, un jeune homme d’apparence charmante. Yumiko a quitté le Japon pour vivre une vie correspondant à ses attentes et à ses possibilités. A Londres, elle s’est fait petit à petit une place grâce à beaucoup d’efforts et a réussi son intégration dans une ville cosmopolite qu’elle aime beaucoup. Comme elle le dit : « Je suis Japonaise et il m’arrive encore de retourner dans mon pays natal, mais chez moi, c’est ici, à Londres ». Mais arrive alors un grand choc avec le coup de téléphone de son frère annonçant le décès de leur père. Yumiko rentre au Japon, et entre jet lag, retrouvailles avec les différentes personnes de sa famille, cérémonies funéraires, et souvenirs qui l’encombrent, elle se pose des questions sur son futur, ses envies, et sa propre identité.

« Un thé pour Yumiko » est une quête identitaire traitée avec beaucoup de douceur. Si Yumiko semble avoir trouvé sa voie, sa situation bascule complètement à l’annonce de la mort de son père. Troublée, elle se retrouve dans le pays qu’elle a quitté, et ses émotions ainsi que de nombreuses questions la submergent : elle ne sait plus trop qui elle est ni ce qu’elle doit faire. Sa vie est à Londres, mais même si elle se sent un peu étrangère au Japon, une part d’elle-même a besoin d’y retourner de temps en temps. 026Par ses échanges avec sa tante, son frère, sa mère, et son père (en souvenirs/rêves), Yumiko va faire le point sur sa vie et ses envies et remettre en question tout ce qui avait été durement acquis.

Fumio Obata a lui-même quitté le Japon pour la Grande-Bretagne, Glasgow, puis Londres, et Edimbourg. Il est donc probablement passé par certaines étapes que traversent son personnage principal. Mais au lieu de forcer sur le pathos ou de faire de ce récit une histoire complète avec un début et une fin, il observe simplement Yumiko dans un passage de sa vie, sans préciser l’avant et l’après, sans donner de réponse, toujours avec douceur et sensibilité. Son dessin à l’aquarelle est magnifique et retranscrit merveilleusement ce moment de flou nostalgique de la vie de Yumiko, mais détient tout de même une grande luminosité pleine de vie. Fumio Obata nous entraîne dans une promenade, faite de moments du quotidien, de silences, de souvenirs, une ballade qui nous touche sincèrement sans nous donner de leçon ou de vérité. Comme si nous admirions un tableau dans un musée, comme si ce livre était simplement une œuvre d’art, belle et vibrante… ce qu’est « Un thé pour Yumiko ».

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