Un jour, Rinco trouve son appartement vide en rentrant de son travail au restaurant. Son petit ami indien est parti en emportant absolument tout, économies pour ouvrir un restaurant, vêtements, ustensiles de cuisine,…sauf une jarre pour préparer les tsukemono (légumes saumurés). Sous le choc, Rinco en perd la voix. C’est ainsi qu’elle décide de rendre les clés de l’appartement et de rentrer dans son village natal en serrant contre elle la jarre, seul objet qui lui reste après tant d’efforts.

Rentrant chez sa mère avec qui elle est en froid (c’est un personnage haut en couleur, atypique, et au final surprenant), elle y reçoit plutôt un mauvais accueil. Sa mère lui laisse seulement un petit local à condition qu’elle s’occupe d’Hermès, sa truie domestiquée. Et c’est dans ce local que Rinco va progressivement se reconstruire en créant un lieu aussi original qu’attirant : « L’escargot ». Il s’agit d’un restaurant que Rinco a créé pour y accueillir une seule table à la fois, et faire renaître grâce à sa cuisine et au confort d’être seul en ce lieu ce qui était éteint chez ses clients.

Le style d’Ito Ogawa est très doux, comme enveloppé dans de la soie. Elle décrit les personnages et les décors avec beaucoup de soin et de tendresse, ce qui nous plonge très aisément dans l’histoire malgré ce début plutôt tragique. Les recettes des différents plats sont très précises, et nous suivons l’évolution de la conception des mets dans la tête de Rinco avec une envie de goûter à tout ce qu’elle décide de cuisiner. Il est d’ailleurs très agréable de l’accompagner dans la nature et chez ses voisins agriculteurs choisir ses ingrédients, comme ce jour où elle se rend chez un producteur de navets pour les découvrir dans le froid et sous une couverture de neige.

Le personnage de la mère de Rinco, d’abord décrit de façon très négative, se révèle être bien plus profond et moins superficiel qu’il n’y paraît. Les non-dits se sont transformés en véritable mur qui les sépare, et c’est finalement lorsque Rinco est muette qu’elle commence à découvrir qui est véritablement sa mère, pourquoi elle se comporte de cette façon, et surtout c’est à ce moment-là qu’elles échangent le plus.

Ayant appris la cuisine auprès de sa grand-mère et dans son travail au restaurant turc, Rinco est une véritable magicienne au fourneau. Ce lien avec sa grand-mère est représenté par la jarre à tsukemono. En effet, la saumure y a été préparé par sa grand-mère, et a été entretenue et alimentée jusqu’à maintenant. C’est l’héritage concret de Rinco, le seul objet laissé par son petit ami, mais au final le plus précieux : celui qui lui permet de tenir le coup et de tout reconstruire.

Ito Ogawa créé un univers et des personnages attachants, et les relie subtilement tout en les observant avec douceur. Un très beau livre et une belle découverte!