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Nishi est un inspecteur de police inexpressif au regard caché derrière ses lunettes de soleil, souvent très violent mais parfois vraiment taquin. Sa femme est atteinte d’une leucémie, et leur fille est morte très jeune. Alors qu’il rend visite à sa femme à l’hôpital, son collègue et ami Horibe se fait tirer dessus et devient paraplégique. Un autre de ses jeunes collègues se fait également tuer lors d’une interpellation. Il quitte alors la police, emprunte de l’argent aux yakuza pour acheter du matériel de dessin pour Horibe et organise un braquage de banque en toute douceur. Avec cet argent, il rembourse  complètement les yakuza, envoie de l’argent à la veuve du jeune policier ainsi qu’à son ami Horibe, et offre à sa femme un dernier voyage à travers le Japon.

Hanabi3Au départ, on voit l’inspecteur Nishi comme un homme silencieux et violent, plutôt désagréable car il n’exprime rien, même en présence de sa femme malade. Tout le monde s’inquiète pour lui et sa femme mais il ne demande pas de nouvelles aux autres. Progressivement, on découvre un « autre » Nishi, bien plus attentionné et humain que tous. Il vient passer du temps auprès d’Horibe et de la veuve de son collègue, et c’est à eux qu’il enverra l’argent du braquage (ainsi qu’un porte-bonheur omamori pour Horibe). C’est également lui qui donnera un nouveau sens à la vie d’Horibe en lui offrant tout un matériel de deskitano-hanabi-paintingsinateur et le béret d’artiste dont il lui avait parlé, et il se démènera pour que sa femme vive un dernier voyage amusant et agréable, en multipliant les jeux et les situations comiques et en la tenant à l’écart des personnes qui pourraient lui faire du mal. Nishi est donc un véritable héros tragique, qui prend tous les risques et utilise même une extrême violence afin de protéger ses proches. On comprend alors que son silence initial avec sa femme n’était pas du tout un acte égoïste ou un signe de faiblesse, mais plutôt le résultat d’une relation complice et d’un amour qui dépasse les paroles et n’a pas besoin de mots pour être exprimé.

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La relation entre Nishi et sa femme est merveilleusement belle et touchante, et trouve écho dans la solitude d’Horibe qui dessine les mêmes situations de son point de vue, jusqu’à la dernière toile au kanji du suicide. Ainsi, le couple et l’enfant regardant le feu d’artifice peut aussi bien être un souvenir de sa famille brisée suite à l’accident que celui tout aussi brisé de Nishi, de sa femme mourante et de sa fille décédée. Le traitement des couleurs est réalisé de main de maître par Takeshi Kitano (nombreux détails cachés, comme le passage la femme de Nishi tombe dans la neige blanche, seul moment du film où il se précipite – le blanc est la couleur du deuil, donc de la mort…), tout comme les toiles d’Horibe que Kitano a lui-même peintes (Takeshi Kitano a eu un grave accident de moto, et il s’est mis à la peinture pendant sa convalescence – les toiles du film ont été peintes par lui pendant cette période), ou encore les personnages secondaires marquants (comme le garagiste brutal mais génial). Joe Hisaishi signe également une musique absolument magnifique, qui donne à ce film plutôt silencieux une dimension émotionnelle encore plus grande. Véritable chef-d’œuvre si représentatif du talent et de l’humour de Takeshi Kitano, « Hana-Bi » (qui signifie « Feu d’artifice ») m’a bouleversé et marqué pendant toute ma jeunesse, et il m’a à nouveau laissé sous le choc lorsque je l’ai revu dix ans plus tard pour écrire cet article !

 

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