sagaNous sommes juste un an après la mort du grand seigneur Toyotomi Hideyoshi, en 1598. Tokugawa Ieyasu, futur premier shôgun du Japon (grand général qui unifiera le pays) va bientôt prendre le pouvoir, et ses troupes affichent fierté et orgueil. Une troupe de théâtre nô dont la chanteuse est réputée propose un spectacle, mais une rumeur circule : le samouraï Heihachiro Komaki a interdit à l’actrice de jouer car elle a, en plus de ne pas être douée selon lui, trahi Toyotomi Hideyoshi pour son rival en jouant pendant la commémoration de sa mort. Des soldats fidèles au nouveau leader viennent assister au spectacle pour la protéger, la belle Princesse Ochii vient également, ainsi que son jeune aspirant Jûrôta Karibe du clan Ishida. Heihachiro Komaki, qui fait partie du même clan Ishida, intervient et chasse l’actrice, puis ridiculise le représentant de ses protecteurs en montrant à la fois un génie littéraire, une auto-dérision hilarante sur son propre nez énorme, et des qualités de sabreur hors-normes. Ainsi, il se défait de nombreux adversaires tout en composant un chant et des vers, suscitant l’admiration de tous.

saga2Ami d’enfance de la Princesse Ochii, Heihachi (comme il se fait appeler) reçoit sa visite avec joie et passion : il est secrètement amoureux d’elle depuis longtemps. Lorsqu’elle vient lui dire son admiration pour la scène du théâtre, mais aussi qu’elle est amoureuse d’un homme, qu’il ne le sait pas mais le saura bientôt,… Heihachi se sent fou de joie, mais la Princesse Ochii est en fait amoureux du Jeune Jûrôta Karibe, et demande à Heihachi de le protéger coûte que coûte. Se liant d’amitié avec lui, Heihachi se rend compte que Jûrôta n’est pas doué en belles phrases pour séduire la princesse, et va lui proposer de lui écrire des poèmes pour l’aider à la rendre amoureuse de lui, allant même jusqu’à lui souffler les mots dans son jardin.

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Comme vous l’aurez probablement reconnu, il s’agit d’une adaptation de Cyrano de Bergerac. Excessivement fidèle à la pièce (on retrouve presque toutes les scènes ainsi que tous les détails) tout en l’adaptant au contexte historique japonais, Hiroshi Inagaki réalise un film magnifique porté par un Toshirô Mifune magistral en Cyrano japonais. Il y a trois scènes absolument fabuleuses dans ce film, renforcées par le très beau cadrage d’Hiroshi Inagaki. La première est l’occasion d’admirer tous les talents de Toshirô Mifune pendant la scène de nô/combat improvisée du début du film, où il chante, récite, et combat avec brio en même temps. La deuxième est celle de la déclaration dans le jardin, durant laquelle son dialogue avec la Princesse Ochii tout en maintenant Jûrôta bloqué est tellement belle et émouvante. Et la troisième est la scène finale, où il lit, ou plutôt récite sa lettre d’adieu alors que la Princesse Ochii comprend enfin que c’est lui qui était à l’origine de toutes ces lettres. « Samuraï saga » est une splendide adaptation dans laquelle Toshirô Mifune brille et nous bouleverse en rejouant une des plus belles histoires d’amour tragique. Selon moi, ce film fait partie de ceux que tout le monde devrait voir !