SanjuroUn soir dans un sanctuaire shintô, neuf jeunes samouraï se réunissent. L’un d’eux est le neveu du chambellan et a essayé de le prévenir contre la corruption qui règne au sein de leur clan, mais le chambellan lui a conseillé de se méfier. Le jeune homme s’est donc tourné vers le grand intendant Kikui qui lui a donné rendez-vous dans ce sanctuaire. Pendant leur attente, un bâillement sonore résonne, et apparaît un rônin (samouraï sans maître) débraillé qui leur dit qu’ils ont été piégés. Juste en entendant le récit du neveu du chambellan, il a compris que Kikui était le corrompu et leur avait donné un rendez-vous dans ce sanctuaire éloigné pour les éliminer. Grâce à son habileté et à ses qualités de sabreur, le vagabond, qui donnera plus tard comme nom Tsubaki Sanjûrô, évitera le pire aux neuf jeunes hommes et prendra leur tête pour secourir le chambellan et faire face au redoutable Muroto Hanbei.

Sanjuro2Personnage du précédent « Yôjinbô », Sanjûrô est ici beaucoup plus dans la maîtrise de la stratégie que dans la solution par le sabre, un humanisme qui se renforce avec les remarques de la femme du chambellan. La dimension comique du récit au travers des différents personnages et des situations allège le propos et permet d’insérer des combats fulgurants qui semblent encore plus violents et terribles grâce à ce contraste. Par exemple, le simple nom de Tsubaki (littéralement camélia, inventé sur le moment par le personnage) Sanjûrô (qui signifie trentenaire) est l’occasion d’un jeu de mot : « Je m’appelle Sanjûrô mais je suis bientôt quadragénaire ». Et la fille du chambellan utilisera le camélia pour donner le signal de l’attaque, détournant ainsi le tragique d’un futur affrontement en situation comique et esthétique. Les neuf jeunes hommes seront presque toujours ridicules à côté de Sanjûrô, démontrant leur innocence et leur naïveté à chaque occasion dans des situations toujours plus comiques. Mais à côté de cela, Sanjûrô tue tout un corps de garde dans une violence extrême qui laisse abasourdi les jeunes hommes, et l’effusion de sang du combat final (une première au cinéma) marque à jamais tous ceux qui y assistèrent.

sanjuro3Souvent considéré à tort comme inférieur à « Yôjinbô », ce film est un réel chef-d’œuvre et une réalisation unique d’Akira Kurosawa. Court par rapport aux autres films habituellement de plus de deux heures, « Sanjûrô » se démarque par l’ambition comique du réalisateur ainsi que par sa maîtrise technique épatante. Sa science du cadrage et du montage se fait voir à chaque scène, le rythme du film est basé sur le principe de Jo-Ha-Kyû du théâtre nô (c’est le sujet de mon mémoire de Master), le lien entre la musique (encore géniale de Masaru Satô) et l’image est à son plus haut niveau, Toshirô Mifune est encore grandiose et Akira Kurosawa réussit à faire comme si c’était son personnage qui monopolisait l’écran,… tout y est aussi magnifique que distrayant. Grand fan absolu de ce film, je pourrais vous en parler des heures, mais je vous laisse plutôt le regarder, et si jamais vous souhaitez avoir plus d’explications, n’hésitez pas à me les demander !

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