samourai_assassin_021860, une période charnière pour le Japon. La pression des nations étrangères pour l’ouverture du pays se fait de plus en plus forte, et le pouvoir en place est instable : nous sommes proches de la fin du système féodal et des samouraïs. Dans ce contexte tourmenté, Niiro Tsuyuchiro est un rônin en quête de reconnaissance. Né d’une courtisane et d’un homme important dont il ne connaît pas l’identité, il a pour seule ambition d’accomplir un acte notoire afin de devenir un samouraï riche. Pour cela, il fait partie d’un groupe de rônin du clan Mita (un clan anéanti lors de la purge d’Ansei) qui souhaite assassiner Ii Naosuke, l’homme le plus puissant du shogunat. Alors que le groupe avait prévu leur attaque, le convoi de Ii Naosuke ne se montre pas. Deux hommes sont soupçonnés d’être des espions, Niiro et le lettré Kurihara Einosuke.

samourai_assassin_11Accompagné par une voix-off récitant les évènements et les retours des différents membres du groupe, le film se tourne alors vers ces deux personnages et leur passé. On y découvre deux hommes très différents, l’idéaliste Einosuke et l’individualiste Niiro, devenus très bons amis. Malheureusement, Niiro a un passé et un destin terriblement tragique, que l’on découvre au travers du récit de son tuteur Seigoro à la belle Okiku, ressemblant à s’y méprendre à l’ancien amour de Niiro. Niiro se retrouve au milieu des multiples complots, trahisons, tactiques, et sa volonté de devenir un grand samouraï l’obnubile au point de perdre le sens de la réalité et de tuer Einosuke. Maintenu secrète, l’identité de son véritable père sera dévoilée dans la dernière partie du film, mais seul Niiro ne saura pas et s’enfoncera encore plus loin dans son destin tragique.

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Magnifique adaptation d’un roman de Gunji Jiromasa par Hashimoto Shinobu, le scénariste des grands films d’Akira Kurosawa, « Samouraï » est un récit terrible et violent d’une période sombre du Japon et de l’horrible destin de Niiro. Le noir et blanc est ici absolument splendide, magnifié par un combat final d’un réalisme violent et d’une esthétique incomparable. La qualité de cadrage, le rythme narratif, et la qualité de l’image prouvent que Kihachi Okamoto est un grand réalisateur, qui réalise ici un superbe jidai-geki. Toshirô Mifune est encore une fois grandiose, touchant et repoussant à la fois, perdu et plein de haine dans une vie qu’il ne semble pouvoir maîtriser. Michiyo Aratama (« Le sabre du mal« , « La condition de l’homme« ) interprète une Okuki toute en émotion et délicatesse, Eijirô Tôno (« Les sept samouraïs », « Les Bas-fonds ») est comme d’habitude excellent, et Yûnosuke Itô (« Sanjûrô« ) incarne un chef des rônin opportuniste et détestable. Histoire terrible et destin tragique conclus par une bataille grandiose qui se termine horriblement, voici les ingrédients d’un film dont on ne sort pas indemne !