crepuscule3Seibei Iguchi est un samouraï de basse caste, fonctionnaire aux entrepôts de son fief. Sa femme est morte de la tuberculose et il ne s’est pas remarié, vivant avec ses deux filles et sa mère sénile dans une certaine pauvreté. Il est toujours le premier à partir de son travail et refuse systématiquement les propositions de ses collègues pour aller boire un verre ensemble, ce qui lui vaut le surnom de « crépuscule » (tasogare). Pourtant, Seibei n’est pas malheureux, loin de là. Il aime passer son temps à travailler dur dans les champs et à regarder ses filles grandir et se cultiver. Il compte même renoncer à son statut de samouraï pour devenir cultivateur, un métier qui lui correspond plus selon lui. Lorsqu’une amie d’enfance, Tomoe, réapparait après avoir quitté son mari, Seibei s’en rapproche et prend sa défense face à son ancien mari. Bien que pauvre et de basse condition, Seibei est un expert en sabre et gagne le combat avec classe et sobriété. Les rumeurs de son exploit parcourent alors le fief tandis que Tomoe s’intègre de plus en plus dans le quotidien de sa famille.

crepusculeDoté d’une distribution plutôt alléchante, avec Hiroyuki Sanada (acteur à succès autant au Japon dans « Ring » qu’à l’international avec « Life«  ou « Le dernier samouraï ») en Seibei Iguchi, ainsi que Min Tanaka (« Eien no zero » et « Rurouni Kenshin ») et Ren Osugi (« Hana-bi » et « Sonatine« ), ce film à de quoi donner envie d’être regardé. Mais il surprend véritablement par sa douceur et sa lenteur romantique, ainsi que par la profondeur de son discours et sa fidélité historique. En effet,  le réalisateur Yôji Yamada reconstitue les années précédant la restauration de Meiji ,qui met fin à l’époque des samourai, avec un souci de vérité et de réalité autant dans les costumes et décors que dans la situation sociale de cette caste.

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Mais surtout, les discussions et points de vue de Seibei sont particulièrement en avance sur leur temps et toujours d’actualité. Lorsque sa fille lui demande à quoi cela sert-il de s’instruire alors qu’elle peut simplement apprendre à coudre, Seibei lui répond qu’en s’instruisant on apprend à penser par soi-même, et par conséquent que l’on devient capable de s’adapter aux grands changements de ce monde. Seibei est également un homme qui préfère passer du temps avec sa famille malgré sa situation difficile plutôt qu’avec ses collègues, et qui privilégie sa famille à tout même au travail, ce qui dans un pays comme le Japon est une pensée avant-gardiste et détonante même de nos jours. Tomoe également s’insurge contre les interdits de la société et le jugement des autres, en allant à l’encontre de son mari et en n’acceptant pas que son propre bonheur doive être sacrifié au nom du respect des conventions. Yôji Yamada associe ce discours profond et percutant à un rythme lent et contemplatif, bien loin des explosifs films de samouraï habituels, en ajoutant une histoire d’amour pleine de fraîcheur et d’innocence entre Seibei et Tomoe. « Le samouraï du crépuscule » est ainsi une œuvre à part, nouvelle, surprenante, précieuse, qui réjouit le regard et remplit d’humanisme et de tendresse… un beau film profond et sincère!

 

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