les-bas-fonds2Vers la fin de la période d’Edo, un taudis misérable sert de décharge aux habitants voisins. Les quelques maisons sont au fond d’un trou dont il semble impossible de sortir, et le couple de propriétaires Osugi et Rokubei sont avares et détestables. Dans la maison louée, des personnages d’origines diverses occupent les couchettes et semblent vivre ensemble malgré leurs différences, entre jeux, colères, et moqueries. On y trouve un ancien acteur qui perd la mémoire et a sombré dans l’alcool, un ferrailleur travailleur et sa femme mourante, un voleur, une prostituée, un samouraï déchu,… Lorsque Kahei (un pélerin mendiant) arrive, il discute avec tout le monde et distribue avec une certaine sagesse des paroles réconfortantes. Il s’agit souvent de mensonges, mais ils redonnent de l’espoir à ces êtres qui en ont tant besoin. Parallèlement, Sutekichi le voleur a été l’amant de la propriétaire, mais souhaite désormais partir avec la jeune sœur de celle-ci, Okayo. La propriétaire lui demande alors une chose en échange de son départ : tuer son mari.

les-bas-fonds3C’est probablement dans ce film qu’ Akira Kurosawa développera le plus son humanisme débordant, conférant un intérêt particulier à chacune de ces personnes misérables qui habitent les bas-fonds. Tous ont un passé obscur ou raté, tous ont d’innombrables défauts, tous vivent dans l’illusion d’un futur meilleur avec leurs rêves. Ils ne s’entendent pas vraiment, s’engueulent ou se taquinent constamment, mais ont une chose en commun qui les rapproche : la misère. Ils sont tous devenus égaux entre eux, comme si la misère elle-même avait gommé leurs différences. Même Kahei, le sage pélerin, a des choses à se reprocher étant donné qu’il fuit la police. Mais dans les rêves de chacun, dans ce qu’ils étaient, ce qu’ils croyaient être, ou ce qu’ils espèrent devenir, tous pensent à être une meilleure personne, ce qui révèle une humanité saisissante qui contraste avec la misère et la saleté tout autour.

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Grâce à un humour très présent, Akira Kurosawa arrive à atténuer le terrible destin de ses personnages et nous permet d’observer ce film sans être accablé par la lourdeur de cette misère. Comme le font les gens pour s’évader de leur dur quotidien, il recréé des scènes de rigolades et d’amusement qui sont autant d’apartés que les personnages utilisent pour quitter un instant leur condition. Le réalisateur pose sur ces pauvres bougres un regard emplit de tendresse malgré tous leurs défauts, et signe un film extrêmement touchant. Le scénario, adapté par lui-même et un de ses scénaristes fétiches Hideo Oguni de la pièce de Maxime Gorki est transposé au Japon du 19ème siècle avec beaucoup de pertinence. Ce film est également un exemple de la totale maîtrise de l’espace et du noir et blanc d’Akira Kurosawa, avec des images somptueuses malgré la pauvreté de l’endroit. Côté acteurs, de belles performances de Toshirô Mifune et Bokuzen Hidari chez les hommes, ainsi que des deux femmes Kyôko Kagawa et Isuzu Yamada, tous les quatre habitués des films de ce réalisateur. Malgré une noirceur et une dureté du propos, « Les Bas-fonds » est une tragi-comédie qui ne manque pas d’humour et d’humanité, un véritable film majeur d’Akira Kurosawa.

 

 

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