dodes3Au sein d’un bidonville miséreux, véritable décharge à ciel ouvert, les laissés-pour-compte de la société sont nombreux. Un père clochard et son enfant s’évadent de la carcasse de voiture qui leur sert d’habitation en imaginant la maison de leurs rêves, un homme élève les nombreux enfants que sa femme a eu avec différents hommes, deux amis alcooliques échangent leurs femmes, un médecin essaie tant bien que mal d’éviter les malheurs,… tous bannis, tous exclus, et tous plus individualistes les uns que les autres. Au milieu de cette misère, le simple d’esprit Rokuchan, jeune homme attendrissant qui s’imagine être le conducteur d’un tramway imaginaire, et qui parcourt le bidonville sous les moqueries des autres tout en imitant le bruit du tram sur les rails : « dodes’kaden, dodes’kaden« .

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Akira Kurosawa était acclamé par tout le monde pour ses précédents films, mais son immense perfectionnisme lui faisait avoir des budgets énormes qui ne correspondaient plus aux possibilités des producteurs de l’époque. Il décida de tourner un film sans ses acteurs fétiches (Toshirô Mifune, Tatsuya Nakadai, Takashi Shimura), avec un petit budget et dans un délai très court, et pour la première fois en couleurs. Le film fut un échec commercial qui marqua profondément le réalisateur, au point qu’il tenta de mettre fin à ses jours (tout comme son frère aîné l’avait fait – il était commentateur de films muets et connut le déclin à l’arrivée du cinéma parlant). Akira Kurosawa, ancien élève des Beaux-Arts, avait pourtant réalisé tous les dessins du film et utilisé la couleur de façon plutôt remarquable et symbolique pour illuminer ces bas-fonds modernes, l’envers du décor de l’essor économique japonais.

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Contrairement à « Les Bas-fonds » où l’espoir règne avec l’humanité du pèlerin mendiant et les rêves de chacun, les habitants du bidonville transpirent le mal et le mauvais côté de la misère. Égoïstes et moqueurs du malheur des autres, il règne une ambiance sordide malgré quelques lueurs d’espoir. Au milieu d’un décor misérable, le jeune acteur Yoshitaka Zushi interprète un personnage attendrissant, Rokuchan, et transforme la première scène du film en passage inoubliable, une des plus belles scènes de l’histoire du cinéma… mais j’ai un côté émotionnel fort sur cette scène, car c’est par elle que mon professeur d’audiovisuel m’a fait découvrir le Japon. « Dodes’kaden » est un film bouleversant, terrible, coloré, riche, et injustement méconnu : un véritable chef-d’œuvre!

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