ranAu XVIème siècle, en plein sengoku jidai (période de grandes guerres internes), le seigneur féodal Hidetora Ichimonji s’apprête à partager son royaume entre ses trois fils, Taro, Jiro, et Saburo. Il compte se retirer et laisser ses trois fils gérer les trois châteaux de son fief tout en profitant de son autorité paternelle pour vieillir paisiblement en allant d’un château à l’autre. L’aîné (Taro) devient le chef du clan et ses frères lui doivent obéissance, mais Saburo prévient son père : Hidetora Ichimonji a créé son pouvoir sur la traîtrise, il ne peut espérer une entente entre ses trois fils. A cause de cette remarque, Saburo et Tango, le serviteur loyal, sont bannis de la famille, malgré la sincérité et la logique de leurs propos.

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Lorsque l’ancien seigneur se rend au château principal maintenant dirigé par Taro, il se fait expulser de celui-ci par son fils, très influencé par sa femme Dame Kaede dont la famille a été massacrée par Hidetora pendant son règne. Dame Kaede est une fine tacticienne et une manipulatrice très douée. Hidetora se rend alors au deuxième château, mais le quitte en se rendant compte que Jiro ne le soutient pas non plus. Allant au troisième château, il apprend que Saburo est parti chez un seigneur voisin, et Hidetora y est pris en embuscade par les armées de ses deux premiers fils. Tout le monde meurt à part lui et le bouffon Kyoami, et Hidetora sombre dans une folie profonde et tourmentée. Il est retrouvé par Kyoami et Tango, qui l’emmènent alors chez une de ses anciennes victimes, l’aveugle Tusrumaru. Pendant ce temps-là, Jiro a fait tuer son frère aîné et est séduit par la terrible Dame Kaede, qui demande la tête de sa première épouse : la famille Ichimonji est sur la voie de la destruction.

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Avec cette adaptation du Roi Lear de William Shakespeare, Akira Kurosawa signe une fresque historique somptueuse et tragique. Inspiré par la vie du seigneur Motonari Môri et de ses trois fils, le réalisateur s’est alors demandé comment cela se serait passé si ses fils n’avaient pas été loyaux. Voyant ainsi un parallèle avec l’histoire du Roi Lear, Akira Kurosawa passa dix ans à écrire le scénario et à peindre un story-board de façon très précise pour aboutir à ce scénario. Avec un budget record dans le cinéma japonais (le film est produit par Serge Silberman), il fit construire entièrement le château d’Hidetora Ichimonji, et la fabrication à la main des 1400 armures prit deux années entières! Grand passionné du théâtre nô, le réalisateur adapte librement la pièce de théâtre et la transforme en théâtre nô filmé, introduisant le personnage passionnant et marquant de Kyoami en interprète de kyôgen (interludes comiques du nô) et donnant à Dame Kaede une allure lente et un visage ressemblant à un masque typiques des acteurs de théâtre nô. Les couleurs utilisées sont magnifiques et pleines de symbolisme, et les personnages secondaires ont tous une profondeur incroyable. Le seigneur Ichimonji est sublimé par l’interprétation magistrale d’un Tatsuya Nakadai probablement dans son rôle le plus complet et le plus abouti. « Ran » est un chef-d’oeuvre comme il y en a peu dans l’histoire du cinéma, d’une richesse infinie et d’un talent incomparable, un film incontournable !

 

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