coquelicotsUmi (qui signifie « mer ») vit dans une grande et vieille maison en compagnie de sa soeur Sora (« ciel »), de leur grand-mère, et des locataires de la pension qu’elles tiennent. Umi est lycéenne mais elle s’occupe de la pension comme une adulte en préparant à manger pour tout le monde, car sa mère est souvent en déplacement pour son travail et son père est mort lors de la guerre de Corée. Malgré sa disparition, Umi dresse tous les jours des drapeaux maritimes, comme un message adressé à son père. Au lycée, elle a une attirance particulière pour Shun, un jeune garçon intrépide et plein de convictions. C’est au cours de la bataille de certains lycéens pour la sauvegarde de leur foyer baptisé « Le quartier latin » que les garçons et les filles vont réellement se rencontrer et qu’Umi et Shun commenceront à se connaître.

coquelicots2Umi va rejoindre Shun dans le club de journalisme et l’aider à écrire les articles, et les lycéens vont se démener pour remettre en état un foyer qui a sombré dans le désordre et la saleté. Même s’il ne manque pas de charme, le bâtiment est en piteux état et demandera aux lycéens de nombreux efforts et une solidarité nouvelle pour lui redonner un côté majestueux avant d’aller rencontrer le président et de lui demander de sauvegarder le quartier latin. Seulement, pendant ces moments où ils se sont rapprochés, Umi et Shun font une découverte terrible pour leur amour naissant : il semblerait qu’ils aient tous deux le même père…

miyazakiPrenant place en 1963, juste avant les Jeux Olympiques de Tokyo de 1964 mais aussi peu après la seconde guerre mondiale puis la guerre de Corée, l’histoire se déroule sur un fond de reprise économique du Japon. La principale différence avec les autres anime des studios Ghibli est que l’histoire est ancrée dans le réel, sans aucune féérie ni fantastique. Un autre élément très agréable : pas de méchant(s), que des personnages volontaires, drôles, atypiques, ce qui change énormément. Umi et Shun sont plein d’enthousiasme malgré leur passé difficile, et ils ne manquent pas de courage pour aller affronter les différents obstacles semés sur leur route. Leur histoire d’amour n’en est que plus agréable à suivre, loin des éternels adolescents timides que l’on trouve tout au long des dramas et anime habituels.

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La musique est vraiment intéressante, pour une fois avec un autre compositeur que Joe Hisaishi. La bande son jazzy douce mais dynamique laisse parfois place aux chansons très connues 上を向いて歩こう de Kyu Sakamoto et サヨナラの夏 d’Aoi Teshima, et si aucun thème ne s’imprègne totalement en nous comme dans les anime d’Hayao Miyazaki, la musique n’en est pas moins importante, situant l’action dans son contexte et berçant ces personnages agréables dans une ambiance nostalgique. Ceci participe au propos du film, transmis dans le grand discours de Shun : détruire l’ancien signifie oublier le passé et les gens qui nous ont précédés. Sans passé, nous n’avons plus d’avenir! Cette période de changement au Japon est également représentée par le mélange des genres, encore cantonnés à l’action et au physique pour les garçons et à la cuisine et aux tâches ménagères pour les filles. Le quartier latin, lieu d’étude et de culture devient le symbole de l’émancipation et du changement, une revendication étudiante basée sur le souvenir du passé que l’on construit pour en faire un lieu encore meilleur. Le dessin et l’animation semblent au premier abord moins travaillés et moins réussis, avec des visages plutôt simples et des personnages en arrière plan bougeant peu. Mais selon moi, il s’agit d’une volonté de Gorô Miyazaki de donner à l’image un côté ancien, nostalgique, proche des anime plus vieux et adapté à l’époque. Cet aspect est présent dans l’histoire, le propos, les personnages, la musique, donc probablement présent volontairement aussi dans le dessin. « La colline aux coquelicots » est devenu un de mes anime préférés, simple, beau, et enthousiaste, dans un Japon en plein renouveau teinté d’une nostalgie touchante.