Himeji est la deuxième ville de la Préfecture du Hyogo après Kôbe, comptant environ 530.000 habitants. Attirant des millions de touristes chaque année depuis la fin des travaux et la réouverture en 2015 de son célèbre château, Himeji fait partie des incontournables de tous les guides de voyage. N’ayant pas eu l’occasion de m’y rendre les dernières fois, j’ai décidé d’y passer le premier jour de ce voyage pour voir le château de près.

De la gare principale, la grande avenue partant plein nord vers le château offre déjà un aperçu de cette ville. Le château au loin impressionne par sa taille malgré la distance et par son éclatante blancheur tandis que l’avenue n’offre rien de bien intéressant à regarder entre les magasins habituels et ceux pour touristes.

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Mais juste avant le château, le jardin Kôko-en nous propose 9 petits jardins clos de styles différents de l’époque Edo (1603-1867). Créé sur l’ancien site des résidences des seigneurs féodaux il y a peu (1992 : commémoration des cent ans de la ville), le Kôko-en offre une première immersion dans le Japon ancien grâce aux paysages variés de ces neuf jardins, tous remarquablement entretenus malgré la chaleur et la sécheresse de cet été. Les grands-pères qui s’en occupaient pendant mon passage sous 39° sont fabuleux d’abnégation et de perfectionnisme, et lorsque je les ai remerciés pour leur travail, ils m’ont répondu « Pardon de vous avoir dérangé avec notre présence pendant votre visite »… sauf celui qui m’a copieusement arrosé d’eau avec son tuyau d’arrosage comme je le lui avais demandé pour pallier à la grosse chaleur, qui s’est contenté de rire aux éclats en jetant un « 気を付けてなー ! » (Prends soin d’toi, hein!) alors que je le remerciais !

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Le château d’Himeji (surnommé le Château du héron blanc) fait une très forte impression lorsqu’on arrive à l’entrée de son parc. Grand, majestueux, étincelant, une intense sérénité émane du bâtiment, renforcée par sa position surélevée et ses magnifiques murs de pierres en forme d’éventail.

Sa structure en bois n’a pas été abimée par les bombardements américains de la seconde guerre mondiale, et c’est donc l’un des rares châteaux dont le donjon en bois est entièrement conservé. On peut d’ailleurs monter jusqu’au dernier étage du château à pied pour apprécier la qualité de son architecture, à condition d’enlever ses chaussures comme dans de nombreux bâtiments en bois japonais.

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Mais la plus belle surprise fut la visite du Shoshazan, où se trouve le temple Engyôji (en réalité un vaste complexe de nombreux bâtiments parsemés dans la forêt au sommet d’une colline, accessible en téléphérique). Créé par le moine Shoku il y a plus de 1000 ans, le temple Engyôji est connu pour être le plus important centre d’entraînement des prêtres bouddhistes de l’ouest du Kansai.

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Grâce au téléphérique, nous sommes en hauteur par rapport à la ville d’Himeji, et le panorama est magnifique. Le long de la montée vers les bâtiments principaux, de nombreuses statues bouddhistes veillent sur nous, et la grande porte Niomon nous accueille à l’entrée de cette colline sacrée. Le chemin sera parsemé d’endroits intéressants et l’on y croise peu de monde en dehors des périodes de floraison des cerisiers et des feuilles rouges des érables.

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Le grand temple Maniden restera gravé dans ma mémoire tant l’impression qu’il me fit fut incroyable ! Caché par les nombreux arbres qui l’entourent, il repose sur de forts piliers en bois en pleine pente raide, rappelant la structure du Kiyomizu-dera de Kyôto. L’odeur de l’encens me parvient alors que je monte lentement l’escalier en pierre, et lorsque je passe à gauche de l’entrée pour prendre le couloir extérieur, je m’arrête net, saisi par la beauté de l’endroit et de l’instant.

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L’intérieur est sombre et sobre, comme dans les grands temples bouddhistes en pleine nature, et il y règne une odeur particulière à ces édifices, mélange d’encens, de fumée de bougies, de tatamis et de temps qui passe depuis des centaines d’années. Une dame vient recevoir un tampon supplémentaire sur sa liste des étapes de pèlerinage de l’ouest du Japon : le Maniden en est la 27ème étape sur 33. Je regarde les bracelets et les porte-bonheurs omamori et en choisis quelques-uns avant de m’adresser au prêtre à qui l’on paie nos achats. Je lui dit que j’ai visité vraiment beaucoup d’endroits au Japon mais que ce temple est un des plus beaux que j’ai vu, ce à quoi il me répond « le Mitsu-no-do au-dessus est encore plus impressionnant et grand, vous verrez ». Je dis alors qu’il est sûrement magnifique, mais que l’impression que j’ai eue ici est forcément différente, comme si on savait en arrivant à un endroit que c’est celui où l’on voulait être.

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En effet, l’ensemble de trois bâtiments « Mitsu-no-do » est magnifique également et a servi de décor pour de nombreux drama historiques ainsi que pour le film « Le dernier Samouraï ». La grande salle de droite était célèbre en tant que centre d’entraînement des prêtres et pour ses deux grandes statues de gardiens niô. La grande scène de gauche était utilisée pour des représentations de musique et de danse, d’où les deux formes différentes de toits montrant le rôle artistique du bâtiment. Les deux étages de l’édifice central en font son côté unique, dédiés à la calligraphie bouddhiste au rez-de-chaussée et aux trésors du temple à l’étage.

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Au final, le Shoshazan est plutôt méconnu et délaissé de la plupart des touristes qui viennent uniquement pour le château. Ce lieu est encore au calme et véritablement magnifique, diffusant à ses visiteurs une sensation de sagesse et de sérénité. Alors peut-être que la légende est vraie, et que le prêtre Shoku a réellement été guidé par Monju, le bosatsu de la sagesse et de l’intelligence, lorsqu’il a fondé l’ensemble de l’Engyôji…

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