Shikoku Mura se traduit par « Village de Shikoku ». Trente-trois bâtiments traditionnels d’un peu partout sur l’île de Shikoku ont été transportés et remontés à l’identique au pied du Mont Yashima, un des plus célèbres lieux de bataille entre le clan des Minamoto et celui des Taira au 12ème siècle. Ce village regroupant des maisons, des fabriques, un théâtre, un pont, un phare, etc. occupe tout le bas de la colline, dans une forêt calme à l’écart de la ville de Takamatsu. En plus des bâtiments, de très nombreux outils et ustensiles sont exposés, comme si nous jetions un coup d’œil dans la vie quotidienne des habitants pendant leur absence.

Je vous invite donc à faire un bond dans le temps et à vous promener sur le Shikoku des siècles derniers à travers de nombreuses photos et explications !

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Entrée du parc architectural : résidence de Mme Wasa Down (1906 – Kôbe)

 

Cette maison de pêcheur vient de la région de Tokushima et se dressait au pied des falaises de la localité d’Izari, face à l’Océan Pacifique. Le mur en pierre était côté océan pour servir de coupe-vent, et l’entrée étroite protégeait également de l’intrusion du vent et de la pluie. Le toit bas couvert de tuiles lourdes (hongawara) minimisait la prise au vent. L’entrée en terre battue et pilotis de bambous était adaptée au retour des pêcheurs trempés et de leur matériel.

Les eaux d’Izari étaient riches en buri (sérioles), et les pêcheurs décidèrent d’acheter ensemble un grand filet de pêche pour accroître leur production. Malheureusement, une fois le filet acheté les buri quittèrent les eaux d’Izari et le village fit banqueroute : c’est la triste raison de la présence de cette maison ici dans son état d’origine..

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Ce poste de garde du 18ème siècle se dressait à la frontière entre Sanuki et Iyo (actuelles Préfectures de Kagawa et d’Ehime). Il possède le même type de toit que la maison de pêcheur, mais avec des tuiles de haute qualité toutes imprimées avec la marque de la localité de Marugame (près de Kotohira). Le toit avance plus pour servir d’abri aux gardes en faction, et sous les tuiles se trouve de l’écorce de cèdre pour mieux isoler l’intérieur. L’échelle de bois se trouvant devant sert à voir de loin et à alerter en cas d’incendie.

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L’entrepôt de la famille Maeda a été construit dans la Préfecture de Kôchi, à un endroit où passent de nombreux typhons. Les trois bandes de tuiles en saillie avaient pour rôle de briser les vents forts porteurs de pluie qui auraient causé une érosion très rapide si on les avaient laissés s’attaquer à la surface entière des murs.

Au Japon, les entrepôts sont connus pour être plus décoratifs que pratiques (comme les châteaux), mais ils sont très bien pensés pour éviter au mieux les incendies et contrôler le fort taux d’humidité. De plus, ils sont très solides grâce à une structure robuste de poutres et de piliers entre lesquels était tissé un réseau de lianes, cordes, et bambous. L’entrepôt de la famille Maeda reflète la fierté de leur richesse avec un toit lourdement tuilé et des motifs de shachihoko (dragon-dauphin) dans l’argile juste en-dessous.

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Maison construite par Heitaro Fujiwara, originaire des îles Shôdo. Il créa un modèle précoce de banque grâce à laquelle il légua énormément d’argent à sa ville d’origine pour les travaux publics.

 

Le Grenier de Misaki est un des rares exemples conservés de greniers de village dans lesquels étaient conservés les surplus des bonnes productions à utiliser en cas de famine. Ce système a largement été développé au Japon dans le courant des 7ème et 8ème siècles, puis partiellement abandonné avant d’être remis au goût du jour dans la Période Edo. Ce grenier a été utilisé jusqu’en 1940, mais son abandon depuis causa de fortes dégradations. Il fut déplacé à Shikoku Mura pour pouvoir être conservé.

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Entrepôt de l’Ère Meiji copiant les modèles en briques de l’époque avec un style hybride japono-occidental

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Pont datant de 1901, unique pour sa gravure de motifs de carpe et de karashishi (chien-lion chinois) sur la clé de voûte

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Cette fabrique et entrepôt de sauce soja est utilisée dans la Préfecture de Kagawa depuis la Période d’Edo, originellement à Hiketa. Le grand bâtiment d’origine a une surface de 142m2, et le bâtiment additionnel pour stocker les ingrédients en fermentation fait 89m2. Ces deux édifices sont des exemples typiques de l’architecture des entrepôts de l’époque avec des murs fins de plâtre blanc et des toits de tuiles à pignons.

L’équipement de l’époque pour la fermentation et le stockage de la sauce soja a maintenant disparu suite à la modernisation radicale du matériel. Les cuves en bois de cet entrepôt datent de 1836 !

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L’oshibune est l’outil utilisé pour filtrer les lies du moromi (mélange de malt et d’eau salée)
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Les Rôsoku sont des étagères pour empiler les plateaux qui contiennent le moromi. Leur nom vient de leur forme qui ressemble à celle des chandelles (rôsoku en japonais)

 

Ce magnifique théâtre de kabuki vient du village d’Obu, sur l’île Shôdo au nord de Takamatsu. Il semble sûr que les habitants de cette grande île ont découvert le kabuki lors d’un voyage sur le continent et ont décidé de construire le théâtre de retour à Shôdo. Il est peu probable qu’une troupe de kabuki, quel que soit son rang, soit venue sur l’île Shôdo, et les agriculteurs ont dû prendre les choses en main et le construire puis l’utiliser eux-mêmes. Comme il s’agit d’un théâtre communautaire, ce sont les agriculteurs qui jouaient les pièces deux fois dans l’année, à la fin du printemps après la plantation du riz et au début de l’automne après la récolte comme des célébrations. On imagine bien les cris de reconnaissance et les rires à chaque apparition de personnage ainsi que les rugissements lors de la rotation de la scène pour les passages importants !

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L’entrepôt de riz du domaine de Marugame en impose dès le premier regard. D’une centaine de mètres carrés, le toit à pignons couvert de lourdes tuiles, la fondation en double couche de pierres et le design des murs en carreaux hachurés jusqu’à mi-hauteur en font un édifice à la fois robuste et attrayant. Apparaissant il y a environ 200 ans dans une peinture religieuse montrant des pèlerins visitant le konpira-san de Kotohira (voir l’article à ce sujet), ce bâtiment était un endroit très important de la période Edo. En effet, de la production de riz dépendait l’économie d’un domaine, et donc sa réputation et son pouvoir à plus grande échelle. La production était comptabilisée en koku, l’unité qui correspondait au besoin de nourriture d’une personne pour une année complète. Les seigneurs féodaux payaient ainsi leurs samouraïs et leurs serviteurs en koku de riz, d’où l’importance de ces entrepôts et de leur apparence !

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Cet ensemble de trois habitations appartenait à la famille Nakaishi d’Iya, une région montagneuse de la Préfecture de Tokushima. Ces maisons faisaient partie d’un ochiudo mura, un village de réfugiés construit par les survivants du clan vaincu des Heike au 12ème siècle. La maison principale de 70m2 est l’établissement du fils aîné qui était en charge des terrains et de la fortune de la famille. La deuxième maison, plus petite, revenait aux personnes âgées qui s’étaient retirées des affaires de famille. La troisième servait d’atelier et d’étable au rez-de chaussée tandis que l’étage fournissait un endroit de stockage. Le double toit fukioroshi protégeait du climat rude des montagnes.

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Résidence du maître Kume Tsûken, développeur des productions de sel de Sakaide et créateur de nombreux objets de navigation

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Mortier fonctionnant à l’eau : après avoir battu le riz pour séparer le son du grain, on utilise un mortier pour enlever l’enveloppe extérieure brune en le pilonnant. Les mortiers étaient d’abord à main, puis à pied, avant de devenir à eau jusqu’aux années cinquante sur Shikoku.

 

L’habitation de la famille Shimoki prenait place dans les montagnes reculées de la Prefecture de Tokushima, à plus de 1000 mètres d’altitude sur les pentes nord du mont Tsurugi. Cette grande maison était séparée en trois parties, deux surélevées pour vivre et une au sol de terre battue pour les travaux et l’entrepôt des outils. Dans cette dernière partie, on peut voir un mortier qui servait à décortiquer le blé et l’orge et différents outils et accessoires comme les tageta, les sandales de bois pour les travaux dans les rizières. Dans la pièce adjacente, on aperçoit un four en argile et un pot qui servait à cuire des racines tubéreuses pour faire du konnyaku. Cinq trous ont également été faits dans le plancher des deux pièces à vivre pour stocker des aliments. Cette maison était faite pour résister au climat des montagnes et ses fortes averses de neige, le berceau des fameux Awa sangaku bushi, les guerriers des montagnes d’Awa.

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Ce bâtiment vient des montagnes au coeur de la région de Kôchi, célèbre pour sa production de papier washi. Le washi est réputé pour sa résistance et sa durabilité, ce pourquoi les marchands l’utilisaient autrefois pour les registres de comptes : en cas d’incendie, ils pouvaient les jeter par la fenêtre puis les récupérer ensuite sans qu’ils soient abîmés par la chute. Comme aucun produit chimique n’était utilisé dans ce type de manufacture, le papier ne s’endommage pas et ne se décolore pas avec l’âge.

Pour fabriquer le washi, le premier pas est de récolter du kôzo (murier à papier) et de cuire l’écorce externe à la vapeur pour la retirer : c’était la fonction de cette hutte. On dressait les branches dans le chaudron et on abaissait le tonneau en bambou dessus pour créer une étuve efficace. Il fallait ensuite enlever l’écorce interne blanche, la piler pour en faire une pâte que l’on fait flotter dans un plateau pour la drainer et la sécher.

Le toit en crête est couvert de roseaux, tout comme les murs qui sont faits en roseaux posés sur des cadres en bambou qui reposent eux-mêmes sur une structure typique de piliers et de poutres. L’argile est rare dans ces montagnes mais le roseau abondant, ce pourquoi il est majoritairement utilisé pour ce bâtiment, en plus d’être mieux adapté pour la ventilation.

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Maisons des gardiens de phare de l’île de Nabeshima (Sakaide), utilisées de 1872 à 1955 puis transformées en poste de communications pour l’Agence de sécurité maritime.

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Dans tous les traités avec les nations occidentales signés par le bakufu de Tokugawa, il était mentionné la construction de phares tout le long de l’archipel, des directives que suivirent le nouveau gouvernement suivant la Restauration de Meiji (1867). Ce travail était fait sous la supervision d’ingénieurs européens, notamment le Britannique R. H. Branton, responsable de la construction de 28 phares et considéré comme le « Père des phares japonais ».

Ce phare est celui d’Okunojima, une petite île de 4 kilomètres de circonférence juste en face de la ville de Takehara. Construit en 1893 et mis en marche l’année suivante, ce phare a fonctionné à l’huile, puis à l’acétylène avant d’être alimenté en électricité en 1936. Il a continué à fonctionner jusqu’en 1992, échappant aux destructions de la seconde guerre mondiale grâce à son effacement de toutes les cartes de la zone.

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Cet abri s’appelle normalement odô, c’est-à-dire tout simplement « salle ». Il contient une image bouddhique et est construit juste à l’extérieur des villes sur une route passante pour servir d’abri aux pèlerins et se protéger des esprits diaboliques errants. Ce bâtiment se situait sur la grande route Ryuôkaidô qui menait de Tosa à Iyo (actuels Kôchi et Ehime), une voie très fréquentée par les pèlerins qui se rendaient dans 88 temples en suivant les pas de Kûkai, le fondateur de la secte Shingon. Mais les villageois qui ont construit cet édifice ont cherché à gagner du mérite religieux en servant du thé comme rafraichissement aux pèlerins. C’est pourquoi ce bâtiment est appelé chadô, ou salle de thé.

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Voici la tombe de Jingoro Hidari, un artisan légendaire du début de la Période Edo. La légende dit de lui qu’il est né à Akashi, près de Kôbe, et qu’après avoir été élevé par son oncle à Hida il se forma à Kyoto avant de devenir plus tard le charpentier du seigneur de Takamatsu. On lui attribue la fameuse statue du chat endormi du sanctuaire Tôshôgû de Nikkô et celle de dragon du Kan’ei-ji à Ueno. Ses peintures étaient si réalistes qu’on disait « Les statues de carpe de Jingoro se sont éloignées en nageant ! » ou encore « Quand ses sculptures de jonquilles furent mises dans l’eau, elles ont fleuri ! »

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Un bœuf était attelé afin de faire tourner la meule et d’ainsi obtenir du sucre de canne.

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L’habitation agricole de la famille Kôno a été construite au début du 18ème siècle dans les montagnes reculées de la Préfecture d’Ehime. Tandis que l’entrée en terre battue sert également de rangement pour les outils, les deux autres tiers de la maison sont séparés en deux grandes pièces à vivre sur sol de bambous ayant chacune leur irori no ma, l’endroit pour le foyer central. Les murs en argile sont résistants au feu, et on trouve un rangement en bois appelé naya en dialecte local pour les objets de valeur et le riz. Ces maisons doivent leur forme longue et étroite à la configuration des montagnes : il y a peu d’endroits plats, donc on taillait une petite terrasse à même la montagne pour y construire son habitation.

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Ceci est l’habitation typique des fermiers de la région de Sanuki (actuellement Kagawa) durant la Période Edo. Ce type de maison était si commun que ses dimensions devinrent son nom : gururi hachiken, en référence au peu d’espace qu’offrait ce logement. La maison était séparée en deux moitiés de surface égale, l’une pour les travaux de la ferme et l’autre pour l’habitation de la famille. Comme le fonctionnement d’une telle ferme nécessitait une famille nombreuse, il n’y avait que peu de place pour vivre et absolument aucune intimité. Mais l’on mettait de côté les querelles et les différences pour maintenir l’harmonie dans la maison, sans quoi la vie aurait été impossible !

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Pont suspendu à l’entrée et à la sortie du parc architectural

 

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Sur le côté de la colline se trouve le Sanctuaire Sanuki Tôshôgû Yashima d’où l’on peut observer la région et ses nombreuses petites montagnes

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