Beaucoup de personnes viennent dans la ville de Kotohira pour grimper le Kompira-san, un sanctuaire situé en haut d’une suite d’escaliers faisant au total 1368 marches ! La vue d’en-haut est très belle et permet de se rendre un peu mieux compte de l’aspect de la région, mais je n’ai sincèrement pas trouvé de très grand intérêt à cette visite en comparaison d’autres visites comme à Himeji par exemple (voir l’article à ce sujet).

 

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Par contre, je tenais absolument à aller voir le Kompira Ôshibai, le plus ancien théâtre de kabuki du Japon. Aux alentours du milieu du 18ème siècle, la foi centrée sur le sanctuaire Kompira Daigongen se propage à travers le Japon et de nombreux visiteurs commencent à se rendre à Kotohira. Pour divertir tous ces visiteurs, des petits théâtres temporaires sont construits à chaque fois que le marché a lieu, c’est-à-dire trois fois dans l’année : en mars, juin, et octobre.

Face au développement de la ville et en réponse aux souhaits de la population locale, un théâtre permanent est construit en 1835. Après avoir changé plusieurs fois de nom et de propriétaire, il trouve enfin la stabilité à partir de 1900 où il est nommé définitivement Kanamaruza, même si on l’appelle communément Kompira Ôshibai aujourd’hui, le Grand théâtre de Kompira. Il a été restauré et mis aux normes anti-sismiques récemment, mais l’atmosphère d’origine (Période Edo) a été superbement conservée ! Suivez-moi dans la visite de l’incroyable Kompira Ôshibai !

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Entrée du théâtre

Petites anecdotes de ma visite :

En arrivant à la maisonnette faisant office de billetterie, la personne me demande d’où je viens. Quand je lui réponds que je suis Français, il me dit en japonais « Ah bon? Je connais quelques mots en français ! » puis en français avec un grand sourire « Bonjour, Merci, Bonne visite ». Je le félicite, alors il s’empresse de rajouter « Alain Delon, et Soccer World Cup omedetou » (Félicitations pour la coupe du monde de foot) !

En entrant dans le théâtre, je vois deux grands-pères qui sont guides-bénévoles (comme souvent dans les endroits historiques au Japon). Après un petit temps d’hésitation, l’un d’eux vient me voir et me dit en japonais « je suis désolé, mais je ne parle pas anglais… ». Du coup, je lui réponds en japonais « Tant mieux, moi non plus ! Mais je comprends un peu le japonais ». Il a paru surpris, puis a souri et m’a dit « Ah, dans ce cas c’est vraiment bien. Venez avec moi je vais tout vous montrer! ». Et il m’a absolument tout montré, expliqué, et répondu à toutes mes questions !

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La grande salle du Kompira Ôshibai : absolument magnifique ! Une longue allée surélevée traverse les emplacements du public et sert d’entrée aux artistes : on l’appelle Hanamichi.

 

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A gauche de l’hanamichi, les loges pour les personnes riches. Elles sont séparées entre elles et ont également une porte de sortie individuelle.

 

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Sur l’hanamichi, à un tiers de la scène, se trouve un trou avec un système d’élévateur manuel appelé suppon. Il permet à des personnages comme les ninja ou les spectres d’apparaître d’un coup. Un autre trou est présent à l’angle de l’hanamichi et de la scène.

 

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Les places assises sont numérotées à la façon A1, B2, etc. Pour les connaisseurs, vous remarquerez que les hiragana et les kanji des chiffres sont particuliers : l’ancien alphabet appelé « iroha » est utilisé, de même que les anciens kanji des nombres.

 

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Sur le côté de la scène, les coulisses pour les musiciens : le rideau en bambou leur permet de voir sans être vus.

 

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Le plafond est un quadrillage de bambou. On l’utilise pour faire tomber sur scène des pétales de cerisiers, de la fausse neige, etc.

 

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Derrière la scène se trouvent de nombreuses loges mais aussi une salle de bain à l’ancienne avec le ofuro en bois.

 

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La loge pour se changer, avec une petite fenêtre qui donne sur le bain pour vérifier la disponibilité. D’autres loges pour la coiffure, les managers, le directeur,… sont visibles ci-dessous.

 

 

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C’est ce couloir derrière la scène qui dessert les différentes loges et l’étage.

 

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Loge des personnes importantes.

 

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Voici le couloir à l’étage (au-dessus du précédent) qui donne sur la loge pour l’attente des différents protagonistes et techniciens. Ce couloir est éclairé ou non en fonction de la position de la double fenêtre à lattes de bois ci-dessous

 

 

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Une partie de la scène (un disque de 7m30 de diamètre) est montée sur un axe qui permet de la faire tourner. Voici le dessous de ce mawari-butai (qui se traduit par scène tournante) avec des poteaux suspendus pour pousser et des pierres qui ressortent du sol pour prendre appui lorsqu’on pousse.

 

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Les roulettes du mécanisme pour faire tourner la scène. Ci-dessous, les deux petites entrées menant aux trous de l’hanamichi et de l’angle de la scène.

 

 

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Un long couloir souterrain passe sous le public et relie le dessous du mawari butai à l’entrée de l’hanamichi. Un rideau est suspendu sur une tringle métallique à cette entrée et est tiré au début de la pièce. Un personnage qui disparait dans les coulisses peut s’y rendre en toute discrétion et faire une entrée fracassante grâce au bruit de la tringle métallique !

 

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A droite de la scène se trouvent les loges pour les bushi, les guerriers samouraïs. Celle-ci est plus large que les autres et donc réservée à la personne la plus importante.

 

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Les loges pour le peuple (shomin) sont au fond de la salle, en face de la scène. On pourrait penser que ce sont les meilleures places, mais elles ne permettent pas de bien voir l’entrée de l’hanamichi, contrairement aux loges sur le côté, et ont des poteaux qui gênent la vision de certains.

 

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Au-dessus de l’hanamichi, un crochet suspendu est fixé à un rail. Cette machinerie permet de faire « voler » un personnage à travers la salle !

 

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Au-dessus des loges des côtés, des fenêtres coulissantes ont été installées. On peut ainsi jouer sur la luminosité de la salle en ouvrant ou fermant les fenêtres comme on le souhaite.

 

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Les vestiaires

 

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Au-dessus de l’entrée, les programmes avec le nom des acteurs sont écrits sur des panneaux de bois.

 

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Il y a trois entrées sur la façade du théâtre. La petite au centre est pour le peuple, tandis que les deux grandes à gauche et à droite sont pour les riches et les bushi. Les gros tonneaux de sake sont probablement des dons des sponsors/mécènes du théâtre.

 

Le Kompira Ôshibai est absolument fantastique, et l’ingéniosité de toutes les inventions techniques au profit de la pièce est remarquable. L’atmosphère de la Période Edo a été conservée pour le plus grand bonheur des visiteurs. Si vous passez dans la région, c’est un endroit à visiter sans la moindre hésitation !!

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